I love you South by Southwest

I love you South by Southwest

Arrive ce moment de l’année où j’ai encore le feeling que j’avais quand j’étais sur le point de partir pour Austin, pour SXSW. J’ai vu ce festival apparaitre sur mon radar quand je travaillais aux Foufs début 2000 et j’y étais allé pour voir la bête et repérer quelques bands qui pourraient potentiellement fitter sur la scène du particulier établissement. Coup de foudre du tripeux de musique et enthousiasme du rookie, j’ai quadrillé le quartier d’Austin ou était contenu alors la plupart des showcases/parties comme un mongol et rendu au dimanche matin, j’étais mort. Mort, mais heureux. 4 jours de musique intensive, plus le Flatstock et la bouffe de rue, encore inexistante à Montréal à l’époque, et surtout Austin, encore tout croche, mais du bon tout croche, américa dans le tapis, mais en même temps, pas tant. Différente vibe.

J’y ai assisté ensuite 7-8 fois, selon la job du moment, pour finalement y travailler en tant que tel à mes 2 derniers passages. La dernière fois, rendu au dimanche matin, tout aussi mort, j’étais un peu moins heureux. Je ne sais pas si c’est le gars blasé qui ne voyait plus la magie, mais ce matin-là, je me disais « pu jamais ». Le Emo’s était encore à sa place, mais on sentait un certain switch dans la vibe du festival. Faut dire que le volet « Interactive » devenait de plus en plus populaire et par conséquent, la clientèle de ce volet était peut-être un peu moins rock’n’roll que celle du volet musique. Secteur du SXSW central depuis ses débuts, la musique était toujours aussi importante, mais les conséquences de l’évolution du bizness chambardaient pas mal le bizness as usual des années précédentes. La joie ambiante était moins forte on dirait.

Bref, changement de job oblige, je n’ai plus eu de raison d’y retourner depuis sauf le goût d’y aller juste pour le fun. Je reçois encore les newsletters et le reste, je suis le beat de leur build-up et arrive Mars, je me cherche une raison d’y aller, considère ma situation monétaire et les conséquences d’aller dépenser sa vie pour 4 jours de musique intraveineuse, pis je laisse faire. Mais le goût est toujours là, année après année. Même si on dit que ça a beaucoup changé, que le quartier s’est gentrifié, que le Emo’s est déménagé et tout le reste. Don’t care. Un moment donné je vais y retourner et je me ferai ma propre idée.

Surtout qu’avec le temps, je suis sorti du quartier et j’ai découvert un autre Austin que j’aime autant sinon plus que ce que SXSW veut bien nous montrer. À la limite, je pourrais y aller à un autre moment, mais je suis certain que j’aurais le même feeling dans le ventre de ne pas vadrouiller sur Red River en passant d’un bar à l’autre et de m’accrocher les pieds dans le plus heavy que je pourrais trouver. Fait que, un moment donné…

Mais pas cette année, ça n’adonne vraiment pas. Mais j’ai la boule dans le ventre et je vais surement faire un blackout de ceux dans mon réseau qui y sont pour la semaine. Du moins essayé. Je vous hais.

Ce n’est probablement pas le meilleur festival au monde et les résultats concrets pour les bands/bizness/organismes d’ici ne sont peut-être pas à la hauteur de ce qu’on y investit, mais comme trip, même pour un vieux rocker blasé, reste inégalé pour moi. Et c’est pourquoi, presque 15 ans plus tard, je pense encore à mon premier SXSW en souriant. Un jour, ça sera mon tour.

Le livre de Serge

Le livre de Serge

Je suis devenu fan de Serge Gainsbourg juste à temps pour le voir entrer dans tombe. Une couple de mois avant de partir, Gainsbourg débarquait au Québec pour venir promouvoir son dernier film Stan The Flasher avec Claude Berri dans le rôle-titre au Festival de Cinéma de Rouyn-Noranda. Personnage médiatique, il en avait profité pour faire sa tournée des shows de tévé de la province. En 91, ça se résumait pas mal à 3 postes genre. Ça fait que j’l’ai vu enfiler cigarette après cigarette en direct à Jean-Pierre Coallier au canal 10. J’l’ai vu dire à Julie Snyder sur TQS que le meilleur cadeau qu’il a offert à une femme c’était sa bite. J’ai toujours ça chez nous sur VHS dans mon garde-robe. Encore aujourd’hui au Québec, la réponse qu’il a donnée à l’ex de Pierre-Karl Péladeau, est un de nos sommets télévisuels des 30 dernières années. C’était de la provoc de haute voltige à l’état pur comme la France était habituée de s’en faire servir depuis des années. Mais nous autres icitte, on n’avait jamais vu du quoi d’même. C’est pas Paolo Noël ou Donald Lautrec qui auraient commencé à parler des joies de la masturbation à l’émission Les Démons du midi avec Suzanne Lapointe pis Gilles Latulipe. Dans une autre entrevue, il avait aussi traité Vanessa Paradis de p’tite pisseuse pis avait dit qu’il était heureux d’être venu à Rouyn-Noranda parce qu’il aimait bien les « mineurs ». Génie du one-liner pis d’l’aphorisme, il n’avait pas raté d’utiliser ce douteux jeu de mots là. Quand que Gainsbourg est mort, ça faisait longtemps que Serge avait pris l’bord pis que Gainsbarre était à barre. J’ai écrit mon premier poème à vie en son honneur sur ma Remington Rana le soir qu’il nous a quittés. Cigarettes et alcools forts à la main.

Comment je me suis mis à m’intéresser à lui avant, c’était parce que j’étais tombé sur une couple de livres dessus à bibliothèque dans le Vieux-Terrebonne. Y en avait un en particulier qui était plus gros pis qui valait plus cher. C’était une édition de luxe à 140 piasses. Je me rappelle qu’il fallait signer un registre d’emprunt spécial au comptoir pour pouvoir partir avec. Ça rendait encore plus précieux mon prêt. Me souviens être passé à travers dans ma chambre d’la rue St-Louis chez mes parents juste en face de l’église à Terrebonne. L’ouvrage édité chez Denoël, n’était pas une véritable biographie dans le sens du terme. C’était plus un ramassis. En vrac, t’avais des paroles de chansons, le questionnaire de Proust auquel Serge répondait à la main, des photos de lui à Kingston pendant les sessions de Aux armes… pis d’autres consacrée à des nus de Jane Birkin sur le tournage de Je t’aime, moi non plus. Au travers de tout ça, t’avais aussi des photos exclusives de sa célèbre maison à Paris restée dans l’état exacte de quand Serge est parti. Des images sombres. Des pièces peu éclairées. Des murs noirs. De la poussière. Des compositions surchargées, limite baroque. Des gros plans sur sa bibliothèque, son Wurlizter, ses cendriers, des cadres, des découpures de journaux, des portraits de Brigitte, L’homme à la tête de chou. Tous ses fétiches y passaient.

J’avais tapissé ma dernière chambre d’ado de photocopies de Serge, de Dutronc, de Woody pis de François Truffaut. J’m’étais acheté son Best of en disque compact chez A & A au centre d’achat de Terrebonne. (mon deuxième laser à vie !). Pas de lecteur de disques dans ma chambre, j’avais dû l’enregistrer sur une cassette TDK avec le système de son dans le salon pour pouvoir écouter mon album en paix derrière ma porte fermée. Presque 30 ans plus tard, j’ai toujours c’te disque-là dans ma collection. J’en ai revendu en tabarnak !

J’ai lu pas mal de livres sur Serge dont l’immense biographie écrite par Gilles Verlant. Mais ce que j’appréciais le plus dans c’t’ouvrage-là, c’est qu’il permettait d’entrer dans vie d’l’homme le temps de quelques photos sans avoir à lire des paragraphes en entier pour rien. C’était un album de souvenirs. Aujourd’hui quand t’es fan de quelque chose, tu vas sur YouTube voir. Mais dans c’temps-là t’avais pas d’internet. Les images, fallait que t’ailles les chercher par toé même. Des fois ça impliquait devoir marcher deux trois coins d’rue pour ça. Fait qu’j’étais toujours rendu à bibliothèque en train de le r’louer.

Déménagé à Montréal une couple d’années après, je faisais ma run de posters dans le Village. Je suis tombé sur une version usagée du même livre dans les bacs used du Colisée su’a rue Sainte-Catherine. Y était 40 piasses. J’étais déçu d’voir que l’objet avait aussi rapidement dévalué. Mais au moins astheure j’pouvais m’payer du luxe à 100 piasses avec le quart du budget. Y avait dû appartenir avant à un autre fumeur d’Havanes. Quand tu faisais tourner les pages en dessous d’ton nez, le livre se mettait à puer le cigare. Tu pouvais presque dire qu’il était en odorama tellement qu’il sentait le tabac. On aurait dit qu’on avait fumé l’ouvrage par exprès pour qu’il sente c’que Serge devait sentir.

Chez nous, j’l’ai mis sur ma table de salon à côté de ma machine à écrire Royal portative. Un guitariste collectionne les guitares. Un écrivain lui collectionne les moyens d’écrire. Ça a été mon livre de chevet pendant une couple d’années. Dans c’t’appartement-là, même ma chambre, tapis mur à mur, avait l’air d’une pièce dans demeure de Serge. J’avais les mêmes livres que lui dans ma bibliothèque qui prenait tout un pan d’mur.

Si avec c’te livre-là j’avais des images d’en dedans de chez eux, j’en ai trouvé un autre plus tard qui s’concentrait lui, sur les murs extérieurs de sa demeure. La maison de Serge Gainsbourg était réputée pour être le bâtiment le plus taggé de Paris depuis qu’il avait emménagé là. Mais la grande particularité de c’te deuxième ouvrage-là, c’était pas seulement son contenu. Sa pochette avait été collée à l’envers. Le haut était en bas. J’reste persuadé que ça doit y donner encore d’la valeur pour les collectionneurs.

Un moment donné, j’ai perdu ma job. Ça a commencé à mal aller. J’ai attendu des mois pour que le chômage rentre. Comme un cave, j’était pas allé au BS non plus pour faire une demande. J’étais dans marde. J’vendais tout. J’faisais un tour à L’idée-fixe coin Pie IX pis Ontario pratiquement tous les jours. C’était un des gars d’Arseniq 33 qui m’achetait mon stock. Me faisais crosser pareil. Non seulement j’étais dans le rouge, mais j’avais toutes les addictions possibles qui font que tu détournes déjà facilement ton attention d’tes véritables responsabilités dans vie. Être fan de Gainsbourg ne vient pas sans un certain penchant pour la bouteille. Dans l’appart, tout est parti ben vite. Pis moé avec. J’ai dû vendre le livre. Pis l’autre a’ec la pochette à l’envers. Pis tout l’reste d’la bibliothèque. J’me souviens pu trop trop d’toutes les photos qui avaient dedans, mais m’a me souvenir toute ma vie de c’que l’livre sentait.

Y a deux jours de ça. J’va poser des posters au Pick up sur Avenue des Pins. Je connais le gars. Mais j’sais ben, ça veut rien dire. Qui cé qui l’connait pas? Fait longtemps qui est là. J’y vendais mes leftovers de playcopies d’magasins d’disques pis les autres compacts qui m’tombaient dins mains dins années 90. J’étais commis disquaire dans l’temps.  On a un respect mutuel. Fait un bout qu’on fait d’la bizness ensemble.

C’t’un livre décalicé des Sex Pistols posé de travers dans le fond du bac des nouveaux arrivages en entrant qui a attiré premièrement mon attention. 250 feuilles sur les pratiquement un an d’existence du band pour juste 4 piasses. L’ouvrage avait dû appartenir à un vrai de vrai. Tellement punk que même la pochette du livre de poche était toute déconcrissée. Le cover jaune était à moitié déchiré, les pages qui collaient pu ensemble, des plis de signets un peu partout, du handwritting dins marges. Un peu plus pis t’as des traces de sang laissées par le propriétaire qui se serait shooté à l’héro. Payer 4 piasses pour ça c’était déjà pas mal trop. Mais là, bang !, juste en arrière de lui, c’que j’voé pas, une copie du fameux livre sur Serge dont je parle depu t’à l’heure. Mon livre ! Je l’voé. Je l’ouvre. Je le sens. C’est lui ! C’est sûr que c’est lui. Y a mangé une petite claque pour certains. La couverture est pliée à une place pis elle frisotte un peu au bout, mais c’est sûr que c’est lui. On voit que la personne qui l’a eu après moé a dû y a faire attention. Y a été ben entrenu, mais y a du vécu pareil. Malgré la patine du temps qui y est passée dessus, son parfum lui, est resté intacte. Y sent toujours autant le cigare. Je l’aurais reconnu entre mille même si on m’avait pas dit avant qu’on m’ferait sentir un livre. On peut créer facilement des illusions avec les images. Mais le sens olfactif lui, c’est ben dur qu’on puisse jouer avec. Personne ne peut duper Proust. C’était LE livre ! C’était LUI. C’était le mien. Chus allé à caisse avec. J’ai poigné la biographie des Sex Pistols itou. Comme c’était ma première idée…

La valeur du livre de Serge avait encore baissé. Un autre quart en dessous. C’était rendu juste 13 piasses astheure pour entrer dans maison d’Serge Gainsbourg. Le gars me l’a fait à 10 piasses plus le livre du band punk toujours resté à 4. Quatorze piasses pour les deux. Mais le pire c’est que je les avais même pas. J’avais juste un dix sur moé. Il me les a laissés les deux pour 10. Ça a fini par faire que j’ai comme eu le Sex Pistols pour gratis.

L’Inspecteur Épingle tire sa révérence.

L’Inspecteur Épingle tire sa révérence.

Avec les changements dans le microclimat du Plateau Mont-Royal ces jours-ci, les salles de spectacles y ont la vie dure; une autre institution ferme ses portes et non la moindre. Ayant pignon sur rue depuis 35 ans, L’Inspecteur Épingle, rouage important de la dynamique musicale montréalaise, annonçait récemment sa fermeture imminente, soit le 12 mars 2016. On y présentera pour l’occasion un dernier spectacle avec un artiste s’y étant fréquemment produit ces dernières années, Antoine Gratton, accompagné d’Élizabeth Blouin-Brathwaite, pour un hommage à Sly & The Family Stone. Citant les changements dans les habitudes du voisinage et les difficultés que connaît l’industrie de la musique ces dernières années, les propriétaires de L’Inspecteur Épingle jugent que le temps est venu de tirer leur révérence. Avec l’expérience des Bobards et celle du Divan Orange, difficile de leur reprocher cette décision, mais c’est quand même déplorable que ce qui a fait pendant longtemps l’essence même du quartier en soit aujourd’hui évacué au profit d’une quiétude anathème à la vie urbaine. Gros débat. À suivre…

Patrice Caron

Patrice Caron

Fondateur

Poirier en Migration

Poirier en Migration

Poirier, le prolifique DJ/producteur (sa page discog est étourdissante) ajoute un nouvel album à sa collection… et on vous invite à l’ajouter à la vôtre! Préconisant une approche « danse avec ta tête », il évoque ici la réalité des migrations, qu’elles soient physiques ou mentales, avec la collaboration du toujours excellent Face-T, ainsi que Machinedrum, Red Fox et Dubmatix, entre autres. Disponible via l’étiquette anglaise Nice Up! Notre note? Fuckin’ excellent!

Patrice Caron

Patrice Caron

Fondateur

Dead Obies lance Gesamtkunstwerk

Dead Obies lance Gesamtkunstwerk

Les Dead Obies nous arrivent (enfin!) avec Gesamtkunstwerk, un album partiellement enregistré lors de la série de spectacles au Centre Phi en octobre dernier. Ces spectacles ont fait salle comble, tout comme leur lancement 10 mars au National. Depuis la sortie de Montréal $ud en novembre 2013, le groupe a su gravir les échelons avec habileté et se placer parmi les groupes rap québécois les plus populaires. Après deux ans et demi d’attente, ils cessent de nous faire languir et nous offrent un album qui emprunte de nouvelles directions musicales, et qui propose un mélange de refrains puissants et un rap concis avec des sons plus aériens et même suaves.

Une série de spectacles suivront la sortie montréalaise de l’album. Pour plus d’informations sur la sortie et sur les spectacles, c’est ici!