La mort du CD

La mort du CD

Commotion dans le déjà fragile milieu du disque québécois, l’annonce de la faillite de DEP, l’un des principaux distributeurs de disques du Québec, en conséquence directe de la faillite du plus gros détaillant de disques au Canada, HMV. Quelque peu prévisible vu l’état des choses, c’est néanmoins un choc pour les étiquettes de disques qui faisaient affaire avec l’un ou l’autre et un sérieux avertissement pour les autres. Certains y voient le dernier signe vital d’un format qu’on annonce pourtant moribond depuis plusieurs années, mais qui malgré tout, persiste à survivre. On est loin de l’âge d’or des années 90, c’est vrai, mais bon an mal an, il se vend toujours des dizaines de millions de CD au pays et à travers le monde. Pas pire pour un mourant.

Le problème de HMV était son modèle d’affaires. Pour maintenir leurs bannières au sein d’un réseau de centre d’achats, ils devaient débourser des sommes faramineuses. Et quand la bulle du CD a éclatée, au lieu de déménager, ils ont opté pour diluer leur marque de commerce avec plein de cossins, mais sans se commettre envers le vinyle, dont on nous vante pourtant le retour depuis au moins 5 ans, si ce n’est pas plus. C’est plate pour eux, mais c’est de leur faute. Le pire dans l’histoire, c’est qu’ils entrainent dans leur déchéance une partie de l’industrie qui les a maintenus en vie à crédit si longtemps.

La disparition de DEP est peut-être le signe avant-coureur d’un déclin abrupt d’une certaine économie culturelle régionale. Mais que ça annonce la disparition du CD, pas si sûr. Les 3 grands de l’industrie vont continuer tant que le marché existera. Si aujourd’hui, il se vend encore 200 millions de CD par année et que la moitié de la planète n’a pas accès à internet, on peut présumer que le format a encore quelques années pour voir venir.

Parce que malgré tout ce qu’on en dit, le CD est et demeura supérieur à tous les supports ou médias qui ont pu exister pour transporter de la musique. Pas cher à faire, fiable, assez durable et la qualité sonore égale ou même surpasse le vinyle. Tout dépend de ce qu’il y a dessus.

Le vinyle c’est bien quand tu es chez toi, tranquille, avec personne qui saute ou d’enfants qui se font des châteaux avec les pochettes. Dès que tu sors de chez vous, bonne chance. Et foi d’ex-DJ, je n’étais pas fâché de mixer avec des waves au lieu de vinyles wavés.

Le stream ou le fichier mp3, ça peut faire la job. Jusqu’à ce que ton cell et/ou ton ordi pètent. Adios les 300 000 chansons.

Ou le stream, avec la facture de cell sur les stéroïdes et le plan ultra vitesse gros débit à 100 $ chez vous, tu finis par la payer cher ta musique gratuite.

La cassette, personnellement, je trouve que c’était le meilleur format jadis, mais on roule encore avec les vieux lecteurs et on ne voit pas un grand mouvement chez les manufacturiers pour répondre à une demande assez importante pour le justifier.

Mais son coût, son côté pratique et son accessibilité ont rendu de grands services à la musique, c.-à-d. le hardcore, le rap et le métal. Sans la cassette, pas sûr que tous les groupes qui se sont fait connaitre à l’époque auraient eu les moyens de se payer un vinyle ou un CD, qui étaient ridiculement chers à produire au courant des années 80/90. La cassette a été à la base de la révolution musicale née du punk DIY. Tout l’alternatif des années 90 vient de là.

Et le CD est venu tranquillement le remplacer. Aujourd’hui produire un CD coute 1 dollar et quelques. Un vinyle, $8 à $10 minimum. Une cassette (oui ça se fait encore), 2 $ — 3 $, moins si tu le fais maison, mais faut avoir le temps. Le numérique c’est gratuit au départ, mais c’est au long terme que ça se calcule et c’est jusqu’à la fin des temps ou presque. Mais c’est le même concept si tu es distribué et vendu en magasin, la proportion par rapport est à peu près la même. Sauf, encore une fois, si tu le fais maison, mais faut avoir le temps.

Et tout ça, c’est sans compter les heures investies pour faire cette musique, l’équipement, l’enregistrement, la pochette, etc. Si tu veux pouvoir amortir les coûts en revenus directs, le CD demeure encore le meilleur rapport investissement/retour. Tout dépend de ton public.

Si tu fais du jazz de Noël ou de la musique pour enfants, le CD est encore le meilleur médium. Pour du dad-rock ou du folk néo-vintage, c’est le vinyle. Du spazz-punk bruitiste, la cassette. Pour l’Indie-Rock ou l’Électro, les mp3. Et encore, on s’achète du Nina Simone en vinyle et du Buck Owens en mp3 aussi. Ça dépend vraiment de la clientèle. Et à moins que celle qui préfère encore acheter sa musique sur CD ne meure tout d’un coup, il est bien prématuré d’annoncer la mort du CD.

Ce qui risque de changer au courant des prochaines années, c’est l’endroit ou on achète notre musique. Au Wal-Mart au lieu du HMV ou iTunes au lieu du Wal-Mart. Le disquaire indépendant ou la plateforme internationale. La suite reflètera ces choix. Et on aura à assumer les conséquences.

Comme des faillites, des pertes d’emplois et des locaux vides. C’est plate, mais c’est de notre faute.

Fade Out #1 – Les disquaires “coast to coast”

Fade Out #1 – Les disquaires “coast to coast”

La fermeture prochaine des 102 succursales canadiennes de HMV, la dernière grande chaine de détails de musique au Canada disparait et laisse un trou béant dans la distribution physique de la musique au niveau national.

Il ne reste plus que les grandes surfaces comme Wal-Mart et Best Buy pour tenir quelques tablettes de disques et il ne serait pas surprenant de voir ces tablettes disparaitre elles aussi. Au Québec, il y a encore Archambault et Renaud-Bray, probablement quelques Polysons et autres microchaines pour offrir une vitrine à ces produits qui ne vendent plus assez pour justifier une structure d’envergure comme l’était les HMV. Et bien sûr les disquaires indépendants qui, pour la plupart, savent comment servir un marché ciblé pour soutenir ce genre d’entreprise.

Prévisible et inévitable, cette fermeture est un autre clou dans le cercueil de l’industrie du disque au Canada. Avec toutes les conséquences qu’elle engendrera, c’est un pan complet qui se trouve affecté, avec des pertes d’emplois et d’autres fermetures à prévoir. C’est aussi une culture qui s’étiole un peu plus.

Jadis, le marché de la musique était séparé selon les régions. Et au bon vouloir de ceux en charge, tel ou tel produit était disponible ici ou non. Ça dépendait de plein de facteurs, des moyens de la compagnie de disques de soutenir une telle distribution ou encore des goûts de ceux qui s’en occupaient. Et il y avait le marché local, unique ou presque à chacun, qui donnait une identité propre à chaque magasin et qui justifiait la multitude de magasins présents un peu partout. Mais les consolidations au sein de l’industrie ont eu pour effet de faire disparaitre cette sensibilité, tout en absorbant (ou en tuant) les équipes locales. Les magasins ont suivit la même tendance, en devenant plus gros, plus général, etc.Les plus petits n’ont pu y résister et plusieurs boutiques “Mom & Pops” sont alors disparues. Les considérations économiques ont forcé la fermeture graduelle de beaucoup de ces magasins, bien avant la révolution numérique. Celle-ci est par contre venue mettre en péril à son tour le concept de grande surface et aura fini par le rendre obsolète. Ceux-ci ont bien tenté de stopper l’hémorragie avec des produits dérivés, mais il était déjà trop tard, les clients n’étaient plus assez nombreux pour justifier une telle surface.

La disparition de HMV sonne le glas de cette forme de commerce au détail. Les répercussions dans le réseau de production auront aussi des conséquences pour ceux qui lui survivent. Et à part les irréductibles disquaires indépendants, qui aura assez de cœur et d’obstination pour continuer à pratiquer le commerce d’un produit que plusieurs jugent désuet et dépassé ?

Il y a bien la résurgence du vinyle pour donner de l’espoir, sa presque absence des HMV étant évoquée comme une des raisons qui expliquent la situation, mais avec 660 000 unités vendues au pays en 2016, même si c’est honorable, ce n’est clairement pas assez pour rentabiliser 102 magasins. Si on y ajoute la marge de profit possible pour l’objet, on est très loin du profit potentiel d’un CD ou d’un cossin « made in China », ceci expliquant cela.

On ne peut constater la baisse des ventes d’albums et être surpris que ceux qui en font le commerce aient de la difficulté à se maintenir. La disparition de cette enseigne aura peut-être, on l’espère, un effet bénéfique sur les autres commerces du genre. Mais pour se faire, il faudra un changement d’attitude envers ce produit et à moins d’une campagne de publicité à grand déploiement fortement improbable, le commun des mortels va de plus en plus adopter le format qui tue les autres, jusqu’à ce qu’il ne reste que ça. Ou presque.

Le vinyle, le CD et même la cassette risquent de durer longtemps, mais pour un marché niché et exigeant. Ceux qui auront le courage et le flair s’en tireront le mieux. Mais pour ceux pour qui vendre un CD, c’est l’équivalent de vendre une tasse de Star Wars, c’est pas mal le dernier moment pour se réorienter. Le grand fade-out est amorcé et il ne restera bientôt que les silences des pancartes « À louer ».


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