Critique d’album – Héliodrome : Le Jardin des Espèces

Critique d’album – Héliodrome : Le Jardin des Espèces

Héliodrome – Le jardin des espèces

Endemik Music– 2017

 

On le sait, le rap, comme le rock, a évolué en différentes branches depuis que le Sugarhill Gang a mis le style sur la carte. Si aujourd’hui il semble omniprésent dans la pop et que l’underground pullule d’allitérations des phares du genre, une frange importante s’est tout de même investit à le faire évoluer et de l’amener dans des directions où old school et new school ne représentent plus l’avant ou l’après, mais plutôt un matériel qui nourrit l’œuvre pour tenter de définir la suite.

Héliodrome, qui propose ici un 3e album complet, est un bon exemple de cette exploration des confins du rap. Mené par Khyro, ex-Atach Tatuq, et Pascal Langlais, le groupe formé également de Pierre-Guilhem Roudet, Samuel Bobony et Éric Gingras repousse les étiquettes en s’en forgeant une qui leur est propre. Si Khyro se réclame toujours du rap, sa livraison et la structure des textes le confirment, la musique quant à elle n’en a rien à faire et pousse la forme en imbriquant différents courants comme le rock, le free-jazz et la musique expérimentale pour créer une trame hypnotique qui porte aussi loin que la proposition poétique de Khyro.

Flirtant avec le rendu du slam, Khyro plonge sa plume dans son monde intérieur pour coucher sur l’album et la scène le fruit d’une introspection qui sans être mélodramatique, témoigne d’une certaine douleur, mais surtout d’une lucidité qui transcende les allégories construites pour la rendre moins brutale. La trame sonore s’avère parfaite pour nous entrainer au sein de cet univers parfois glacial, mais où l’on peut reconnaitre des paysages familiers et qui nous amène vers une introspection personnelle plus ou moins confortable.

De par sa forme et son contenu, Héliodrome ne cherche pas à nous conforter dans nos habitudes. Et même si la filiation est évidente, son passé n’est pas une indication de son présent ni de son futur. L’exploration demeure la seule constante. Si l’un des albums, eps ou projets parallèles vous a choqué, plu ou laissé indifférent, cette nouvelle proposition mérite que vous y prêtiez à nouveau l’oreille. Que ça soit pour confirmer ce que vous en pensez ou pour l’écouter avec de nouveaux paramètres, l’expression singulière d’Héliodrome a l’ambition de ne pas se réfugier dans le confort et de confronter les idées reçues tant du côté du rap que de la musique expérimentale. Parce que le résultat ne saurait être défini par une seule étiquette et qu’en cette époque de hashtag et d’algorithmes, la marge représente encore un espace de liberté qu’il faut préserver et cultiver. Avec le Jardin des Espèces, Héliodrome sème et récolte un fruit différent qui surprend et alimente une partie du corps souvent négligée par la musique aujourd’hui, la tête.


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C’est nous autres les kings #14 – Khyro d’Héliodrome

C’est nous autres les kings #14 – Khyro d’Héliodrome

Sur le point de lancer le 3e album complet d’Héliodrome et à la veille de leur départ pour l’Europe pour y présenter une dizaine de concerts,  Khyro a tout de même pris le temps pour un café à la Casa Del Popolo, lieu important dans l’évolution de l’artiste. Si il s’est d’abord fait connaitre au sein de Traumaturges et Atach Tatuq, l’auteur s’est révélé avec ce projet qui dure depuis plus de 10 ans et qui repousse encore ce que le rap peut être. Quand le Wu Tang Clan, Daniel Bélanger et le free jazz se rencontre. Bonne écoute.

C'est nous autres les kings #14

par Khyro d'Héliodrome | Papineau


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