Cannabis au Canada – Chronique d’un chaos prévisible.

Cannabis au Canada – Chronique d’un chaos prévisible.

On le sait, le gouvernement fédéral envisage de légaliser la consommation et la vente de cannabis à des fins récréatives à compter du 1er juillet 2018, si tout va bien. Plusieurs voix se sont élevées pour s’opposer ou suggérer des cadres particuliers, comme l’âge légal pour en consommer ou la façon que le produit sera vendu. Certains ont évoqué un modèle semblable à la Société des Alcools ou via les pharmacies, mais jusqu’à maintenant, rien n’est clair quant aux côtés pratiques et techniques de ce commerce au Canada et surtout, comment chaque province choisira de le faire.

Plusieurs consommateurs ont espoir qu’un modèle comme celui du Colorado sera choisi, où avec un certain cadre légal, le commerce est l’équivalent d’un « liquor store » et ouvert à quiconque capable de répondre aux exigences de la loi. Les clients doivent avoir 21 ans et ne peuvent posséder plus de 28 grammes de cannabis ou de THC, sous forme de produits dérivés comme la nourriture, des huiles ou autres. Les lois quant à la fumée ou la conduite avec facultés affaiblies s’appliquent, tout comme la consommation en public ou en présence de mineurs.

Les mêmes lois s’appliquent également en Uruguay, qui a choisi d’encadrer la vente sous un modèle étatique, avec une limite d’achat mensuelle de 40 grammes. Par contre, plusieurs déplorent que les dispensaires tardent à ouvrir et que la qualité laisse à désirer.

Chacun de ces modèles permet aux citoyens d’en cultiver pour leur usage personnel, avec des limites de possession moins restrictives que celle qui régit le commerce. En Uruguay par exemple, chaque citoyen peut faire pousser jusqu’à 6 plants chez lui ou former un club pour mettre ces limites en commun et multiplier le nombre de plants.

Même si techniquement illégaux au Canada, les clubs compassions fonctionnent un peu sur le même modèle, additionnant les droits de culture de chacun de leurs patients pour posséder et distribuer les produits du cannabis. Légalement, les citoyens ayant reçu une ordonnance d’un médecin avec les autorisations pour le faire, doivent se procurer le produit via des distributeurs reconnus par le gouvernement fédéral et ne peuvent posséder plus que ce qui leur a été prescrit par mois. Mais comme le système a tardé à être déployé et que longtemps, la qualité n’était pas au rendez-vous, les restrictions ont été challengées en cour et ont permis aux clubs compassion de se déployer entretemps. Mais comme la tolérance de ces commerces dépend des municipalités, leur présence est limitée et leur exploitation demeure légalement risquée. Le nouveau projet de loi demeure vague quant à cet aspect de la distribution et fera surement l’objet de discussions spécifiques, on l’espère, dans le même souffle que l’aspect récréatif.

Mais force est de constater qu’à 12 mois de la prétendue mise-en-place de la loi, peu ou pas de détails sont connus quant à l’application de celle-ci et de la mécanique qui l’encadrera. On apprend par contre que l’industrie s’organise et que, ô surprise, des proches du Parti Libéral du Canada font partie de ces initiatives qui, ô hasard, ont eu les fameuses autorisations pour procéder. Ce qui nous laisse croire que, contrairement à d’autres promesses électorales comme la réforme du mode de scrutin, la loi sera malgré tout en vigueur à la date prévue.

Qu’un relatif chaos suivra, c’est prévisible. Que des chaines de Walmart du cannabis vont probablement voir le jour, au milieu des différentes entreprises plus ou moins indépendantes qui ne manqueront pas de pousser un peu partout au pays. Le temps que les provinces réagissent et réglementent à leurs façons ce que le fédéral aura balancé dans leur juridiction. Ensuite viendront les législations municipales et même selon les arrondissements, si on se rapporte à Montréal. Si c’est maintenant la confusion, ce n’est rien comparé à ce qui se passera après le 1er juillet 2018. Bienvenue au Far-West.

Ô Cannabis

Ô Cannabis

Je ne sais pas si c’est parce que beaucoup de mes amis et membres de mon réseau sont des potheads mais depuis lundi, mon fil Facebook est pratiquement envahi par cette mauvaise herbe tant aimée. Oui c’est 4 : 20 aujourd’hui et Vice annonçait en début de semaine que c’était la semaine de l’herbe (Weed week). Je ne sais pas si c’est une vraie affaire, mais voilà.

Justin Trudeau a au moins réalisé une de ses promesses électorales et annonçait la semaine dernière les modalités de la légalisation du cannabis au Canada. J’espère que ça se fera plus comme au Colorado qu’en Uruguay, c’est-à-dire gérée par des entrepreneurs plutôt que par l’état. Mais comme les recommandations des comités consultés vont plutôt dans le sens d’un contrôle par les gouvernements provinciaux, je doute un peu de la façon que ça va se faire et me demande si c’est vraiment une bonne idée laisser le commerce d’un produit à une entité qui ne l’aime pas vraiment et de donner accès à ce produit à une majorité qui autrement s’en passait sans trop s’en plaindre.

Les consommateurs actuels, qui sont habitués à un certain produit d’une certaine qualité, vont-ils délaisser leurs fournisseurs habituels pour passer au produit contrôlé par l’état, qui ne tardera pas à avoir la même attitude face à ce produit que celle qu’il a quant à la cigarette. Ou qui limitera la quantité de THC ou de CBD des produits disponibles, parce qu’un autre comité en aura fait la recommandation. Si c’est le cas, plusieurs vont vite revenir à leurs anciennes habitudes et l’un des objectifs de cette nouvelle loi passera dans le beurre. Mais il ne faut pas se leurrer. La vraie raison de vouloir légaliser cette substance c’est son potentiel de remplir les coffres de l’État et les recommandations faites dans le sens d’une gestion par celui-ci de son commerce sont du même ordre. C’est une bonne idée pour l’État, mais ça n’améliorera pas la situation économique des Canadiens. Ce n’est pas comme si l’État est si habile que ça à gérer les finances publiques, juste à voir le gouffre du déficit causé par de nombreuses administrations supposément meilleures que les précédentes pour s’en convaincre. Comme on peut s’y attendre, certains privilégiés vont s’en mettre dans les poches, mais la majorité n’y verra que de la boucane et sera sûrement un peu plus mêlée qu’avant devant cette nouvelle magouille légale.

Loin de moi de vouloir faire l’apologie des criminels ou autres commerçants « alternatifs », mais c’est être de mauvaise foi que de prétendre qu’ils ne participent pas à l’économie parce qu’ils ne paient pas des impôts spécifiquement sur ces produits. Indirectement ils le font. Parce que l’argent c’est fait pour être dépensé et ils ont des maisons, des autos, vont au restaurant, s’habillent et tout le reste, comme n’importe qui. Ce qui enrichit plein de monde autour d’eux. Multiplions ça par 1000 ou plus, et l’effet sur l’économie est assez probant. Mais si on concentre ce commerce entre les mains d’un monopole de l’état, je doute fortement que ces sommes aient le même effet et qu’on aille enfin des écoles qui ont de l’allure ou des routes carrossables. Mais on peut être sûr qu’une compagnie X va profiter d’un juteux retour d’ascenseur et distribuera le résultat à quelques privilégiés pour engraisser leurs paradis fiscaux respectifs. Ce n’est pas comme si on n’avait jamais vu ça avant. Plutôt que de répéter les mêmes scénarios comme celui de la SAQ, ça serait vraiment plus souhaitable de laisser pour une fois les entrepreneurs profiter d’une manne qui, on s’en doute, aura des retombées positives et qui profitera quand même à l’État. Et de penser aussi à ceux qui sont déjà des consommateurs, ceux qui ont milité pour sa décriminalisation depuis longtemps et ceux qui savent de quoi il est question. Parce que selon ce qui se dessine, ces braves se retrouveront exclus d’un processus qui aurait à gagner de leur implication.

Le cannabis peut être aussi intéressant que la bière, tant qu’on laisse aux petits producteurs et détaillants la chance de le démontrer. Parce qu’un monopole d’État rassurera peut-être ceux qui ont toujours été contre ce produit, mais ne desservira pas adéquatement ceux qui feront résonner le tiroir-caisse de l’État et au final, on se retrouvera encore avec un marché parallèle qui profitera de ce commerce pour refiler autre chose que la qualité à laquelle on sait capables les producteurs actuels et des connaissances de ceux qui en vendent. Ce n’est pas tous des Hells Angels ou des louches du Square Berri. Si on est rendu à la légaliser, c’est parce que ces gens-là ont su convaincre de façon intelligente ceux qui ont le pouvoir de changer les lois. Ça serait bête de ne pas profiter de ce qu’ils ont à offrir et ça serait au bénéfice de l’ensemble des Canadiens. Et de l’État aussi.

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