La mort du CD

La mort du CD

Commotion dans le déjà fragile milieu du disque québécois, l’annonce de la faillite de DEP, l’un des principaux distributeurs de disques du Québec, en conséquence directe de la faillite du plus gros détaillant de disques au Canada, HMV. Quelque peu prévisible vu l’état des choses, c’est néanmoins un choc pour les étiquettes de disques qui faisaient affaire avec l’un ou l’autre et un sérieux avertissement pour les autres. Certains y voient le dernier signe vital d’un format qu’on annonce pourtant moribond depuis plusieurs années, mais qui malgré tout, persiste à survivre. On est loin de l’âge d’or des années 90, c’est vrai, mais bon an mal an, il se vend toujours des dizaines de millions de CD au pays et à travers le monde. Pas pire pour un mourant.

Le problème de HMV était son modèle d’affaires. Pour maintenir leurs bannières au sein d’un réseau de centre d’achats, ils devaient débourser des sommes faramineuses. Et quand la bulle du CD a éclatée, au lieu de déménager, ils ont opté pour diluer leur marque de commerce avec plein de cossins, mais sans se commettre envers le vinyle, dont on nous vante pourtant le retour depuis au moins 5 ans, si ce n’est pas plus. C’est plate pour eux, mais c’est de leur faute. Le pire dans l’histoire, c’est qu’ils entrainent dans leur déchéance une partie de l’industrie qui les a maintenus en vie à crédit si longtemps.

La disparition de DEP est peut-être le signe avant-coureur d’un déclin abrupt d’une certaine économie culturelle régionale. Mais que ça annonce la disparition du CD, pas si sûr. Les 3 grands de l’industrie vont continuer tant que le marché existera. Si aujourd’hui, il se vend encore 200 millions de CD par année et que la moitié de la planète n’a pas accès à internet, on peut présumer que le format a encore quelques années pour voir venir.

Parce que malgré tout ce qu’on en dit, le CD est et demeura supérieur à tous les supports ou médias qui ont pu exister pour transporter de la musique. Pas cher à faire, fiable, assez durable et la qualité sonore égale ou même surpasse le vinyle. Tout dépend de ce qu’il y a dessus.

Le vinyle c’est bien quand tu es chez toi, tranquille, avec personne qui saute ou d’enfants qui se font des châteaux avec les pochettes. Dès que tu sors de chez vous, bonne chance. Et foi d’ex-DJ, je n’étais pas fâché de mixer avec des waves au lieu de vinyles wavés.

Le stream ou le fichier mp3, ça peut faire la job. Jusqu’à ce que ton cell et/ou ton ordi pètent. Adios les 300 000 chansons.

Ou le stream, avec la facture de cell sur les stéroïdes et le plan ultra vitesse gros débit à 100 $ chez vous, tu finis par la payer cher ta musique gratuite.

La cassette, personnellement, je trouve que c’était le meilleur format jadis, mais on roule encore avec les vieux lecteurs et on ne voit pas un grand mouvement chez les manufacturiers pour répondre à une demande assez importante pour le justifier.

Mais son coût, son côté pratique et son accessibilité ont rendu de grands services à la musique, c.-à-d. le hardcore, le rap et le métal. Sans la cassette, pas sûr que tous les groupes qui se sont fait connaitre à l’époque auraient eu les moyens de se payer un vinyle ou un CD, qui étaient ridiculement chers à produire au courant des années 80/90. La cassette a été à la base de la révolution musicale née du punk DIY. Tout l’alternatif des années 90 vient de là.

Et le CD est venu tranquillement le remplacer. Aujourd’hui produire un CD coute 1 dollar et quelques. Un vinyle, $8 à $10 minimum. Une cassette (oui ça se fait encore), 2 $ — 3 $, moins si tu le fais maison, mais faut avoir le temps. Le numérique c’est gratuit au départ, mais c’est au long terme que ça se calcule et c’est jusqu’à la fin des temps ou presque. Mais c’est le même concept si tu es distribué et vendu en magasin, la proportion par rapport est à peu près la même. Sauf, encore une fois, si tu le fais maison, mais faut avoir le temps.

Et tout ça, c’est sans compter les heures investies pour faire cette musique, l’équipement, l’enregistrement, la pochette, etc. Si tu veux pouvoir amortir les coûts en revenus directs, le CD demeure encore le meilleur rapport investissement/retour. Tout dépend de ton public.

Si tu fais du jazz de Noël ou de la musique pour enfants, le CD est encore le meilleur médium. Pour du dad-rock ou du folk néo-vintage, c’est le vinyle. Du spazz-punk bruitiste, la cassette. Pour l’Indie-Rock ou l’Électro, les mp3. Et encore, on s’achète du Nina Simone en vinyle et du Buck Owens en mp3 aussi. Ça dépend vraiment de la clientèle. Et à moins que celle qui préfère encore acheter sa musique sur CD ne meure tout d’un coup, il est bien prématuré d’annoncer la mort du CD.

Ce qui risque de changer au courant des prochaines années, c’est l’endroit ou on achète notre musique. Au Wal-Mart au lieu du HMV ou iTunes au lieu du Wal-Mart. Le disquaire indépendant ou la plateforme internationale. La suite reflètera ces choix. Et on aura à assumer les conséquences.

Comme des faillites, des pertes d’emplois et des locaux vides. C’est plate, mais c’est de notre faute.

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Promenades sur mars

Promenades sur mars

Une pléthore de propositions de sorties est offerte à cette édition de la chronique hebdomadaire sur les spectacles à ne pas manquer. Au menu cette semaine, Sur le Corner en direct de Groove Nation, Les Francouvertes se poursuivent et les lancements de Mardi Noir, Blood & Glass, Jean-François Malo, Appalaches et l’ultime album de Pif Paf (qui a enlevé le Hangover de son nom). Les artistes sillonnent les routes du Québec, alors voici ces suggestions que l’on retrouve un peu partout et pour tous les goûts. Il suffit d’appuyer sur les noms d’artistes et groupes pour réserver vos places ou simplement avoir davantage d’informations. Bonnes sorties !

 

Give Me Something Beautiful + Loïko

Dimanche 19 mars 2017 @ Le Zaricot, Montréal – 20h


 

 

Sur Le Corner En Direct

Lundi 20 mars 2017 @ Groove Nation, Montréal – 19h

 

 

Les Francouvertes | Ronde 1 – Soir 5 | MCC + Lydia Képinski + Etienne Fletcher + Maritza (artiste invitée)

Lundi 20 mars 2017 @ Cabaret Lion d’Or, Montréal – 19h






 

 

Lancement d’album | Blood and Glass

Mardi 21 mars 2017 @ Café Cléopatre, Montréal – 20h

 

 

Will Driving West

Mardi 21 mars 2017 @ Verre Bouteille, Montréal – 20h

 

 

Lancement d’album | Jean-François Malo

Mardi 21 mars 2017 @ Quai des Brumes, Montréal – 20h Gratuit

 

 

Groenland + BEYRIES

Mercredi 22 mars 2017 @ Maison des Arts, Laval – 20h


 

 

Mauves + Fire/Works

Mercredi 22 mars 2017 @ Divan Orange, Montréal – 21h


 

 

Myriad3 (Toronto) + Parc-X Trio

Mercredi 22 mars 2017 @ Casa Del Popolo, Montréal – 21h


 

 

Lancement d’album | PIF PAF

Jeudi 23 mars 2017 @ Verre Bouteille, Montréal – 17h Gratuit

 

 

Lancement d’album | Mardi Noir

Jeudi 23 mars 2017 @ MataHari Loft, Montréal – 17h30

 

 

Amylie

Jeudi 23 mars 2017 @ Cabaret Théâtre du Vieux-St-Jean, Saint-Jean sur Richelieu – 18h

 

 

Pépé et sa guitare

Jeudi 23 mars 2017 @ Cabane Panache et Bois rond, Montréal – 18h Gratuit

 

 

Olivier Bélisle

Jeudi 23 mars 2017 @ Divan Orange, Montréal – 18h

 

 

Poni + Simon Kingsbury

Jeudi 23 mars 2017 @ Divan Orange, Montréal – 21h


 

 

Grimskunk

Jeudi 23 mars 2017 @ Le Cercle, Québec – 21h

 

 

Janime Jeanine présente | BEAT SEXÜ

Jeudi 23 mars 2017 @ Quai des Brumes, Montréal – 21h

 

 

Prieur & Landry

Jeudi 23 mars 2017 @ Nord Ouest Café, Trois-Rivières – 21h Gratuit

 

 

Sèxe Illégal

Vendredi 24 & 25 mars 2017 @ Théâtre Fairmount, Montréal – 19h & 21h30

 

 

Carotté

Vendredi 24 mars 2017 @ Cabane Panache et Bois rond, Montréal – 19h Gratuit

 

 

Isabelle Blais et Pierre‐Luc Brillant

Vendredi 24 mars 2017 @ Salle Claude-Léveillée (PDA), Montréal – 20h

 

 

Coco Méliès

Vendredi 24 mars 2017 @ Salle Pauline-Julien, Montréal – 20h

 

 

Chocolat

Vendredi 24 mars 2017 @ Chasse-Galerie, Lavaltrie – 20h

 

 

The Beatdown + invités

Vendredi 24 mars 2017 @ Quai des Brumes, Montréal – 20h

 

 

Le Trouble + Zen Bamboo + Mexican Candies

Vendredi 24 mars 2017 @ La Petite Boite Noire, Sherbrooke – 21h



 

 

Bellflower + Constance

Vendredi 24 mars 2017 @ O Patro Vys, Montréal – 21h


 

 

Robert Fusil et les chiens fous + La Carabine

Vendredi 24 mars 2017 @ Katacombes, Montréal – 21h


 

 

Série Hochelaga | Samito

Samedi 25 mars 2017 @ Maison de la culture Maisonneuve, Montréal – 20h

 

 

Lancement d’album | Appalaches + The City Gates

Samedi 25 mars 2017 @ Ritz PDB, Montréal – 20h


 

 

High Waters + Artifice Palace + Pallice

Samedi 25 mars 2017 @ La Vitrola, Montréal – 20h30



 

 

Mara Tremblay

Samedi 25 mars @ Bière au menu, Bois-des-Fillion – 20h30

 

 

Bernard Adamus

Samedi 25 mars @ Vieux Clocher de Magog – 20h30

 

 

Désiré Renard + La Barrique + Georges Oue

Samedi 25 mars @ Le Cagibi, Montréal – 21h


 

 

Peter Henry Phillips

Samedi 25 mars @ Le Mouton Noir, Val-David – 21h

 

 

Bellflower + Virginie B.

Samedi 25 mars @ Boquébière, Sherbrooke – 21h


 

 

Rednext Level

Samedi 25 mars @ Le Zaricot, Sainte-Hyacinthe – 21h

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Critique d’album – Héliodrome : Le Jardin des Espèces

Critique d’album – Héliodrome : Le Jardin des Espèces

Héliodrome – Le jardin des espèces

Endemik Records – 2017

 

On le sait, le rap, comme le rock, a évolué en différentes branches depuis que le Sugarhill Gang a mis le style sur la carte. Si aujourd’hui il semble omniprésent dans la pop et que l’underground pullule d’allitérations des phares du genre, une frange importante s’est tout de même investit à le faire évoluer et de l’amener dans des directions où old school et new school ne représentent plus l’avant ou l’après, mais plutôt un matériel qui nourrit l’œuvre pour tenter de définir la suite.

Héliodrome, qui propose ici un 3e album complet, est un bon exemple de cette exploration des confins du rap. Mené par Khyro, ex-Atach Tatuq, et Pascal Langlais, le groupe formé également de Pierre-Guilhem Roudet, Samuel Bobony et Éric Gingras repousse les étiquettes en s’en forgeant une qui leur est propre. Si Khyro se réclame toujours du rap, sa livraison et la structure des textes le confirment, la musique quant à elle n’en a rien à faire et pousse la forme en imbriquant différents courants comme le rock, le free-jazz et la musique expérimentale pour créer une trame hypnotique qui porte aussi loin que la proposition poétique de Khyro.

Flirtant avec le rendu du slam, Khyro plonge sa plume dans son monde intérieur pour coucher sur l’album et la scène le fruit d’une introspection qui sans être mélodramatique, témoigne d’une certaine douleur, mais surtout d’une lucidité qui transcende les allégories construites pour la rendre moins brutale. La trame sonore s’avère parfaite pour nous entrainer au sein de cet univers parfois glacial, mais où l’on peut reconnaitre des paysages familiers et qui nous amène vers une introspection personnelle plus ou moins confortable.

De par sa forme et son contenu, Héliodrome ne cherche pas à nous conforter dans nos habitudes. Et même si la filiation est évidente, son passé n’est pas une indication de son présent ni de son futur. L’exploration demeure la seule constante. Si l’un des albums, eps ou projets parallèles vous a choqué, plu ou laissé indifférent, cette nouvelle proposition mérite que vous y prêtiez à nouveau l’oreille. Que ça soit pour confirmer ce que vous en pensez ou pour l’écouter avec de nouveaux paramètres, l’expression singulière d’Héliodrome a l’ambition de ne pas se réfugier dans le confort et de confronter les idées reçues tant du côté du rap que de la musique expérimentale. Parce que le résultat ne saurait être défini par une seule étiquette et qu’en cette époque de hashtag et d’algorithmes, la marge représente encore un espace de liberté qu’il faut préserver et cultiver. Avec le Jardin des Espèces, Héliodrome sème et récolte un fruit différent qui surprend et alimente une partie du corps souvent négligée par la musique aujourd’hui, la tête.


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Extra Fools

Extra Fools

Du vieux nouveau de la part de General Fools. Enregistrés en vue de figurer sur le 7’’ Pathetik Pik Nik et parus sur la cassette Total Fools, aujourd’hui introuvable, revoici les 2 morceaux qui manquaient à l’œuvre complète de General Fools. Ils ont été ajoutés à la liste de lecture de General Fools et sont disponibles en téléchargement gratuit via la boutique ou ci-bas (cliquez les titres pour télécharger).

Misanthropy

 

Total Tribal


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I love you South by Southwest

I love you South by Southwest

Arrive ce moment de l’année où j’ai encore le feeling que j’avais quand j’étais sur le point de partir pour Austin, pour SXSW. J’ai vu ce festival apparaitre sur mon radar quand je travaillais aux Foufs début 2000 et j’y étais allé pour voir la bête et repérer quelques bands qui pourraient potentiellement fitter sur la scène du particulier établissement. Coup de foudre du tripeux de musique et enthousiasme du rookie, j’ai quadrillé le quartier d’Austin ou était contenu alors la plupart des showcases/parties comme un mongol et rendu au dimanche matin, j’étais mort. Mort, mais heureux. 4 jours de musique intensive, plus le Flatstock et la bouffe de rue, encore inexistante à Montréal à l’époque, et surtout Austin, encore tout croche, mais du bon tout croche, américa dans le tapis, mais en même temps, pas tant. Différente vibe.

J’y ai assisté ensuite 7-8 fois, selon la job du moment, pour finalement y travailler en tant que tel à mes 2 derniers passages. La dernière fois, rendu au dimanche matin, tout aussi mort, j’étais un peu moins heureux. Je ne sais pas si c’est le gars blasé qui ne voyait plus la magie, mais ce matin-là, je me disais « pu jamais ». Le Emo’s était encore à sa place, mais on sentait un certain switch dans la vibe du festival. Faut dire que le volet « Interactive » devenait de plus en plus populaire et par conséquent, la clientèle de ce volet était peut-être un peu moins rock’n’roll que celle du volet musique. Secteur du SXSW central depuis ses débuts, la musique était toujours aussi importante, mais les conséquences de l’évolution du bizness chambardaient pas mal le bizness as usual des années précédentes. La joie ambiante était moins forte on dirait.

Bref, changement de job oblige, je n’ai plus eu de raison d’y retourner depuis sauf le goût d’y aller juste pour le fun. Je reçois encore les newsletters et le reste, je suis le beat de leur build-up et arrive Mars, je me cherche une raison d’y aller, considère ma situation monétaire et les conséquences d’aller dépenser sa vie pour 4 jours de musique intraveineuse, pis je laisse faire. Mais le goût est toujours là, année après année. Même si on dit que ça a beaucoup changé, que le quartier s’est gentrifié, que le Emo’s est déménagé et tout le reste. Don’t care. Un moment donné je vais y retourner et je me ferai ma propre idée.

Surtout qu’avec le temps, je suis sorti du quartier et j’ai découvert un autre Austin que j’aime autant sinon plus que ce que SXSW veut bien nous montrer. À la limite, je pourrais y aller à un autre moment, mais je suis certain que j’aurais le même feeling dans le ventre de ne pas vadrouiller sur Red River en passant d’un bar à l’autre et de m’accrocher les pieds dans le plus heavy que je pourrais trouver. Fait que, un moment donné…

Mais pas cette année, ça n’adonne vraiment pas. Mais j’ai la boule dans le ventre et je vais surement faire un blackout de ceux dans mon réseau qui y sont pour la semaine. Du moins essayé. Je vous hais.

Ce n’est probablement pas le meilleur festival au monde et les résultats concrets pour les bands/bizness/organismes d’ici ne sont peut-être pas à la hauteur de ce qu’on y investit, mais comme trip, même pour un vieux rocker blasé, reste inégalé pour moi. Et c’est pourquoi, presque 15 ans plus tard, je pense encore à mon premier SXSW en souriant. Un jour, ça sera mon tour.

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Le livre de Serge

Le livre de Serge

Je suis devenu fan de Serge Gainsbourg juste à temps pour le voir entrer dans tombe. Une couple de mois avant de partir, Gainsbourg débarquait au Québec pour venir promouvoir son dernier film Stan The Flasher avec Claude Berri dans le rôle-titre au Festival de Cinéma de Rouyn-Noranda. Personnage médiatique, il en avait profité pour faire sa tournée des shows de tévé de la province. En 91, ça se résumait pas mal à 3 postes genre. Ça fait que j’l’ai vu enfiler cigarette après cigarette en direct à Jean-Pierre Coallier au canal 10. J’l’ai vu dire à Julie Snyder sur TQS que le meilleur cadeau qu’il a offert à une femme c’était sa bite. J’ai toujours ça chez nous sur VHS dans mon garde-robe. Encore aujourd’hui au Québec, la réponse qu’il a donnée à l’ex de Pierre-Karl Péladeau, est un de nos sommets télévisuels des 30 dernières années. C’était de la provoc de haute voltige à l’état pur comme la France était habituée de s’en faire servir depuis des années. Mais nous autres icitte, on n’avait jamais vu du quoi d’même. C’est pas Paolo Noël ou Donald Lautrec qui auraient commencé à parler des joies de la masturbation à l’émission Les Démons du midi avec Suzanne Lapointe pis Gilles Latulipe. Dans une autre entrevue, il avait aussi traité Vanessa Paradis de p’tite pisseuse pis avait dit qu’il était heureux d’être venu à Rouyn-Noranda parce qu’il aimait bien les « mineurs ». Génie du one-liner pis d’l’aphorisme, il n’avait pas raté d’utiliser ce douteux jeu de mots là. Quand que Gainsbourg est mort, ça faisait longtemps que Serge avait pris l’bord pis que Gainsbarre était à barre. J’ai écrit mon premier poème à vie en son honneur sur ma Remington Rana le soir qu’il nous a quittés. Cigarettes et alcools forts à la main.

Comment je me suis mis à m’intéresser à lui avant, c’était parce que j’étais tombé sur une couple de livres dessus à bibliothèque dans le Vieux-Terrebonne. Y en avait un en particulier qui était plus gros pis qui valait plus cher. C’était une édition de luxe à 140 piasses. Je me rappelle qu’il fallait signer un registre d’emprunt spécial au comptoir pour pouvoir partir avec. Ça rendait encore plus précieux mon prêt. Me souviens être passé à travers dans ma chambre d’la rue St-Louis chez mes parents juste en face de l’église à Terrebonne. L’ouvrage édité chez Denoël, n’était pas une véritable biographie dans le sens du terme. C’était plus un ramassis. En vrac, t’avais des paroles de chansons, le questionnaire de Proust auquel Serge répondait à la main, des photos de lui à Kingston pendant les sessions de Aux armes… pis d’autres consacrée à des nus de Jane Birkin sur le tournage de Je t’aime, moi non plus. Au travers de tout ça, t’avais aussi des photos exclusives de sa célèbre maison à Paris restée dans l’état exacte de quand Serge est parti. Des images sombres. Des pièces peu éclairées. Des murs noirs. De la poussière. Des compositions surchargées, limite baroque. Des gros plans sur sa bibliothèque, son Wurlizter, ses cendriers, des cadres, des découpures de journaux, des portraits de Brigitte, L’homme à la tête de chou. Tous ses fétiches y passaient.

J’avais tapissé ma dernière chambre d’ado de photocopies de Serge, de Dutronc, de Woody pis de François Truffaut. J’m’étais acheté son Best of en disque compact chez A & A au centre d’achat de Terrebonne. (mon deuxième laser à vie !). Pas de lecteur de disques dans ma chambre, j’avais dû l’enregistrer sur une cassette TDK avec le système de son dans le salon pour pouvoir écouter mon album en paix derrière ma porte fermée. Presque 30 ans plus tard, j’ai toujours c’te disque-là dans ma collection. J’en ai revendu en tabarnak !

J’ai lu pas mal de livres sur Serge dont l’immense biographie écrite par Gilles Verlant. Mais ce que j’appréciais le plus dans c’t’ouvrage-là, c’est qu’il permettait d’entrer dans vie d’l’homme le temps de quelques photos sans avoir à lire des paragraphes en entier pour rien. C’était un album de souvenirs. Aujourd’hui quand t’es fan de quelque chose, tu vas sur YouTube voir. Mais dans c’temps-là t’avais pas d’internet. Les images, fallait que t’ailles les chercher par toé même. Des fois ça impliquait devoir marcher deux trois coins d’rue pour ça. Fait qu’j’étais toujours rendu à bibliothèque en train de le r’louer.

Déménagé à Montréal une couple d’années après, je faisais ma run de posters dans le Village. Je suis tombé sur une version usagée du même livre dans les bacs used du Colisée su’a rue Sainte-Catherine. Y était 40 piasses. J’étais déçu d’voir que l’objet avait aussi rapidement dévalué. Mais au moins astheure j’pouvais m’payer du luxe à 100 piasses avec le quart du budget. Y avait dû appartenir avant à un autre fumeur d’Havanes. Quand tu faisais tourner les pages en dessous d’ton nez, le livre se mettait à puer le cigare. Tu pouvais presque dire qu’il était en odorama tellement qu’il sentait le tabac. On aurait dit qu’on avait fumé l’ouvrage par exprès pour qu’il sente c’que Serge devait sentir.

Chez nous, j’l’ai mis sur ma table de salon à côté de ma machine à écrire Royal portative. Un guitariste collectionne les guitares. Un écrivain lui collectionne les moyens d’écrire. Ça a été mon livre de chevet pendant une couple d’années. Dans c’t’appartement-là, même ma chambre, tapis mur à mur, avait l’air d’une pièce dans demeure de Serge. J’avais les mêmes livres que lui dans ma bibliothèque qui prenait tout un pan d’mur.

Si avec c’te livre-là j’avais des images d’en dedans de chez eux, j’en ai trouvé un autre plus tard qui s’concentrait lui, sur les murs extérieurs de sa demeure. La maison de Serge Gainsbourg était réputée pour être le bâtiment le plus taggé de Paris depuis qu’il avait emménagé là. Mais la grande particularité de c’te deuxième ouvrage-là, c’était pas seulement son contenu. Sa pochette avait été collée à l’envers. Le haut était en bas. J’reste persuadé que ça doit y donner encore d’la valeur pour les collectionneurs.

Un moment donné, j’ai perdu ma job. Ça a commencé à mal aller. J’ai attendu des mois pour que le chômage rentre. Comme un cave, j’était pas allé au BS non plus pour faire une demande. J’étais dans marde. J’vendais tout. J’faisais un tour à L’idée-fixe coin Pie IX pis Ontario pratiquement tous les jours. C’était un des gars d’Arseniq 33 qui m’achetait mon stock. Me faisais crosser pareil. Non seulement j’étais dans le rouge, mais j’avais toutes les addictions possibles qui font que tu détournes déjà facilement ton attention d’tes véritables responsabilités dans vie. Être fan de Gainsbourg ne vient pas sans un certain penchant pour la bouteille. Dans l’appart, tout est parti ben vite. Pis moé avec. J’ai dû vendre le livre. Pis l’autre a’ec la pochette à l’envers. Pis tout l’reste d’la bibliothèque. J’me souviens pu trop trop d’toutes les photos qui avaient dedans, mais m’a me souvenir toute ma vie de c’que l’livre sentait.

Y a deux jours de ça. J’va poser des posters au Pick up sur Avenue des Pins. Je connais le gars. Mais j’sais ben, ça veut rien dire. Qui cé qui l’connait pas? Fait longtemps qui est là. J’y vendais mes leftovers de playcopies d’magasins d’disques pis les autres compacts qui m’tombaient dins mains dins années 90. J’étais commis disquaire dans l’temps.  On a un respect mutuel. Fait un bout qu’on fait d’la bizness ensemble.

C’t’un livre décalicé des Sex Pistols posé de travers dans le fond du bac des nouveaux arrivages en entrant qui a attiré premièrement mon attention. 250 feuilles sur les pratiquement un an d’existence du band pour juste 4 piasses. L’ouvrage avait dû appartenir à un vrai de vrai. Tellement punk que même la pochette du livre de poche était toute déconcrissée. Le cover jaune était à moitié déchiré, les pages qui collaient pu ensemble, des plis de signets un peu partout, du handwritting dins marges. Un peu plus pis t’as des traces de sang laissées par le propriétaire qui se serait shooté à l’héro. Payer 4 piasses pour ça c’était déjà pas mal trop. Mais là, bang !, juste en arrière de lui, c’que j’voé pas, une copie du fameux livre sur Serge dont je parle depu t’à l’heure. Mon livre ! Je l’voé. Je l’ouvre. Je le sens. C’est lui ! C’est sûr que c’est lui. Y a mangé une petite claque pour certains. La couverture est pliée à une place pis elle frisotte un peu au bout, mais c’est sûr que c’est lui. On voit que la personne qui l’a eu après moé a dû y a faire attention. Y a été ben entrenu, mais y a du vécu pareil. Malgré la patine du temps qui y est passée dessus, son parfum lui, est resté intacte. Y sent toujours autant le cigare. Je l’aurais reconnu entre mille même si on m’avait pas dit avant qu’on m’ferait sentir un livre. On peut créer facilement des illusions avec les images. Mais le sens olfactif lui, c’est ben dur qu’on puisse jouer avec. Personne ne peut duper Proust. C’était LE livre ! C’était LUI. C’était le mien. Chus allé à caisse avec. J’ai poigné la biographie des Sex Pistols itou. Comme c’était ma première idée…

La valeur du livre de Serge avait encore baissé. Un autre quart en dessous. C’était rendu juste 13 piasses astheure pour entrer dans maison d’Serge Gainsbourg. Le gars me l’a fait à 10 piasses plus le livre du band punk toujours resté à 4. Quatorze piasses pour les deux. Mais le pire c’est que je les avais même pas. J’avais juste un dix sur moé. Il me les a laissés les deux pour 10. Ça a fini par faire que j’ai comme eu le Sex Pistols pour gratis.

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