Pour ma muse

Pour ma muse

Couplet 1

*

Quand t’es pas là, c’qui brûle c’pas juste mes toats.

J’me reconnais même pu,  j’deviens koubrauss.

J’me mets à g’noux su’ l’trottoir, J’jappe après à lune.

J’ai l’peu qui m’reste de cellules qui allument.

*

T’es la plus belle fleur du jardin botanique

Un match à Coup d’foudre, Un Zirconia cubique.

T’es ma Sandra Dorion pis chus ton Phil Collins.

Nous deux c’est fait pour fitter en caline.

*

Su’a table t’as mis une toune de The Police,

Cousineau-Dufresne, Tiens-toé ben j’arrive.

J’ai lés papillons dans l’ventre, des crampes dans mon crâne.

Jean-Pierre Pis Ginette dans chambre en back ground.

*

J’ferais un tour de Duster a’ec toé jusqu’à Trois-Pistoles.

Nancy pis Lucien dans leu’ char de mongol.

On est digne du duo Dion pis Plamondonne.

M’en va te n’écrire moé des mots qui sonnent.

*

Ça fait longtemps qu’j’ai arrêté d’chanter

Ça fait longtemps qu’j’ai arrêté d’chanter

 

Ça fait longtemps qu’j’ai arrêté d’chanter. Autour de 17 ans, la nuitte à Terrebonne, j’avais l’habitude de m’rendre a’ec mon discman à l’ïle-des-moulins ou ben donc à Hauteville pour m’époumoner en me prenant pour le chanteur d’Alice In Chains. J’crachais des harmonies improbables à plein poumons. Si j’faisais souvent ça en cachette en me rendant le plus loin possible de la civilisation, y m’arrivait aussi de m’en calicer ben raide pis d’continuer à chanter pareil si j’rencontrais quelqu’un sur le trottoir. T’as pas toujours le temps d’allé t’cacher pis des fois l’envie de chanter quand c’est ta toune est trop forte pour attendre d’être rendu assez loin pour que pu parsonne t’entende. M’en crissais par boutte. Surtout quand c’était Downward spiral de Nine Inch Nails où d’autres affaires violentes de même. C’était toujours de bon coeur, mais rarement les bonnes paroles qui sortaient de ma yeule (j’comprennais pas encore l’anglais dans l’temps). Ce que je savais par contre c’est qu’au moins j’chantais ben. J’avais le swag pis l’attitude. J’pratiquais mes mimiques pis mes moves pour plus tard. Pour quand que j’allais être une rock star.

De c’te manière-là, j’ai été Matt Johnson de The The, Martin L. Gore de Depeche Mode, Robert Smith de The Cure pis Frank Black dins Pixies. J’chantais mieux qu’les frontmen des bands que j’écoutais. J’aurais pu remplacer au pieds levé n’importe quel d’entre-eux. J’savais pas les paroles exactes, mais en show, anyway, tu comprends jamais rien de qu’est-ce qu’ils disent. Sans le savoir peut-être, j’avais inventé le mumble rap avant l’heure. J’ai été Jean Leloup itou l’été où la cassette de L’amour est sans pitié est sortie. J’l’avais appris par coeur. J’avais acheté la cassette quand était sortie fait que moé, j’avais la version de avant qu’ils rajoutent 1990 pis La décadence dessus. Ça arrêtait à Smoky Man.Le fun de chanter du Jean c’est que c’était en français au moins (enfin presque). J’savais c’que j’disais. L’monde m’appelait The Wolfe. J’avais sa coupe, ses coats pis son smile. J’étais l’gars qui chantait super fort Cookie quand y marchait dans rue.

Dans le temps qu’Check Your Head des Beastie est sorti, j’avais trouvé dins vidanges des headphones vintage à l’os. Années 60 style. Des osties de grosses coquilles blanches avec des EQ pis des pitons de volume de chaque bord. Y marchaient mal. Mon chum Éric Élias pis son père, quand y ont vu ça, ils me les ont réparées pis rembourrées a’ec d’la mousse. Ça sonnait que le tabarnak! Mais j’avais l’air d’un extra-terrestre a’ec ça su’a tête. Me promenais le soir ben gelé à l’ïle-St-Jean a’ec Siamese Dream de Smashing Pumpkins au bout dans l’casque. J’faisais tou’és cris d’bébé qu’on étripe de Billy Corgan tout pareils. Proche d’la passerelle le soir, y a parsonne qui va se promener là. Tu rencontres jamais parsonne. Fait qu’tu peux chanter jusqu’au bout de ton souffle sans t’faire pogner. C’est comme quand t’es dans ton char sur l’autoroute pis que c’est ta toune de Céline Dion qui passe pis qu’tu peux la scrapper autant que tu veux en chantant par-dessus parce qu’il y a parsonne qui peut t’entendre. Sauf j’ai jamais eu d’char.

M’manquait rienque de m’monter un band pis de m’trouver des paroles à moé. J’pouvais te chanter du Sisters Of Mercy comme du Rage Against The Machine. J’pouvais interpréter n’importe quelle partition. J’aurais pu t’faire un disque de Jane’s Addiction le soir pis du Kate Bush le lendemain matin. J’étais rendu assez bon qu’je me suis dis que la seule manière d’faire carrière là-d’dans c’était d’aller vivre à Montréal. Fait qu’chus partis. Avec ma pile de disques compact, mon discman pis mon rechargeur de batteries.

Quand chus arrivé en ville, j’ai essayé de continuer d’chanter dans rue a’ec mes headphones d’enfoncées su’a tête. Mais j’avais juste l’air d’un crisse de fou. J’trouvais pas de place ni de grand espace pour m’exprimer. À Montréal, y a toujours quelqu’un quelque part pour t’entendre même si tu chantes dans l’fond d’une ruelle. Pis j’pouvais pas m’mettre à chanter chez nous non plus. La voisine d’en bas. Des fois, j’poussais la turlute on my way to the subway Joliette. Une couple de phrases vite vite. Pas plus. Pas trop forte non plus. Ça se peut que quelqu’un te suive ou qu’il en ait un autre qui s’en vienne plus loin pis que t’as pas encore vu. On sait jamais. Fait que j’ai commencé tranquillement à farmer ma yeule. De plus en plus. De moins en moins d’son. Jusqu’au silence complet.

Lentement la ville te tue pis t’étouffes. Au début, tu salues tout l’monde que tu rencontres. Par habitude. Comme quand t’habitais à Terrebonne. D’où tu viens, tu connais tout ceux que tu croises. Les premiers temps, tu continues à faire des smiles comme si tu te promenais à L’Île-des-Moulins, mais tu t’rends compte tranquillement que tu connais parsonne dans l’fond, qu’les gens en ont rien à crisser d’toé. Ils veulent juste faire leu’ p’tites affaires d’leu’ bord sans s’faire écœurer. Soit qu’ils t’prennent pour un débile quand tu leu’ parles, soit qu’ils pensent que tu leu’ quêtes du change. Fait qu’peu à peu tu vas pu à rencontre de personne. Tu t’ramasses tu-seul parmi une gang de tu-seuls ensemble. Le refrain de I Stay Away dans toune d’Alice In Chains devient un hmm hmm à peine audible dans l’fond d’ta gorge quand tu l’as fais jouer dans tes oreilles. Pis ben vite pu rien pantoute. Y a juste les écouteurs qui émettent des sons. T’as même pu l’air d’être en train d’écouter d’quoi. Ça pourrait qui ait rien qui joue. Pis même si tu voulais pousser une note, t’as tellement perdu l’habitude que c’est rendu qu’t’as pu d’voix.

J’ai fini par devenir chanteur pour de vrai. Mais juste du rap. Pas d’belles notes pis tout. Rien qu’du parlage par dessus des loops. Pas de grosses notes poussées du fin fond du ventre. Le plus proche que chus allé de chanter pour vrai c’est quand j’me su pris pour Johnny Lydon sur un stage a’ec Gatineau. Sinon, j’sonne souvent flat. J’ai choisi le style musical le plus loin possible de David Byrne. Même si j’voulais, j’pourrais pu. J’sais pu comment on fait. J’ai oublié la manière de m’laisser aller itou. J’ai perdu ma voix en traversant l’pont Pie IX en 95. J’ai tout arrêté ça en arrivant à Montréal. Ça fait longtemps qu’j’ai arrêté d’chanter.

Bodhisttava Vow

Bodhisttava Vow

Chus devenu bouddhiste à cause de MCA des Beastie Boys. Chus devenu ben des affaires à cause des Beastie. J’ai accroché sur le rap, su devenu skater, me su intéressé au punk rock. Parcours classique d’un jeune qui suis son band préféré pis qui en adopte la posture le temps qu’il en écoute. À force d’écouter du Minor Threat, tu finis pas deviendre Straight Edge. À force d’écouter du The Cure, tu te crèpes les ch’veux pis tu t’mets du mascara. Pis souvent, le trip dure le temps d’un album ou deux pis tu passes à autre chose. Si tu continues à suivre, c’est en dilettante, en achetant les disques pis en les écoutant de loin, sans véritablement t’impliquer. Ado, t’écoute du Blink religieusement. À 35 avec ironie pis nostalgie. Moi j’ai suivi mon band fétiche autant dans leurs années de défonce adolescente que dans celles plus matures où ils ont commencé à critiquer le gouvernement en place au tournant du siècle. Je les ai suivi dans tout. Ils ont forgé mon identité artistique et stylistique, m’ont donné une personnalité pis une sens à ma vie entière. Chus devenu bouddhiste à cause de MCA des Beastie Boys.

Ça fait 5 ans aujourd’hui qu’Adam Yauch, mieux connu sous le nom de MCA des Beastie Boys est mort. Le gars a commencé adolescent comme bassiste dans un band punk rock new yorkais qui se voulait émule des Bad Brains au début des années 80. Une gang de kids enragés. Pis le band punk évolu avec l’air du temps et devient un rap unit. Ils ont un style irrévérencieux. En 86, ben avant Vanilla Ice, ils sortent le premier album hip hop fait par des blancs, Licensed To Ill. Le disques devient un des premiers albums rap à topper les charts. Du jamais vu. Les Beastie Boys sont un phénomène. La planète, qui avait découvert le hip hop lourd drivé par un beatbox pis des samples de lignes de guitare abrasives avec les Run DMC un an plus tôt, en redemandent avec les Beastie Boys. Def Jam a le vent dans les voiles. Ils écorchent tout le monde au passage. Pendant la tournée du premier album, ils défoncent tout, les portes de l’industrie, baptisent le stage avec des galons de bières chaque soir, trashent leurs chambres d’hôtel partout où ils passent. En 86-87, Beastie Boys est un des bands les plus dangeureux au monde.

Lors d’un pause autour de la conception de l’album Paul’s Boutique, MCA qui se rend faire du snowboard genre Chine ou en himalya, me souviens pu. Là, il découvre la méditation et le dharma. Il s’en trouve changé. Timidement, il enregistre A Year And A day, pièce insérée dans le complètement fou B-Boy Bouillabaise. Si chaque membre est présent en studio à chaque session sur le disque, pour poser le texte de celle-ci, MCA exige d’être seul dans la pièce. Il s’enferme et enregistre son texte qui se veut son premier rap bouddhiste.Tellement pas assumé, il noie son texte dans le distortion et refuse que celui-ci soit imprimé dans la célèbre pochette de Paul’s Boutique. Rendu en 92, la transformation en bouddhiste est totale et assumée. Le trio enregistre même un titre nommé Namasté pour closer l’album Check Your Head dans lequel on peut entendre Adam Yauch faire un spoken word qui illustre les aléas de l’esprit lorsqu’on médite. Ayant déjà loué un livre sur le zen à la bibliothèque de Terrebonne, je comprend un peu de loin de quoi ça parle. Je me sens en connexion avec la toune automatiquement. L’idée de devenir moine est toujours là. Mais c’est avec l’album Ill Communication que MCA se déploie avec non une, mais au moins 4 pièces d’inspiration dharmique: The Update, Shambala, Bodhisttava Vow ainsi que Transition, même si cette dernière n’est qu’instrumentale. Placée tout de suite après deux morceaux faisant allusion à son alégeance bouddhiste, autant par le titre que par sa place dans pacing de l’album, on peut considérer que Transition est une pièce spirituelle. Clairement, ces morceaux témoignent d’un éveil et d’un engagement spirituel fort de la part de Yauch. La tournée qui suit la sortie de cet album voit les Beastie Boys s’engager à ce niveau sur plusieurs fronts. MCA met en branle Free Tibet et fait des concerts bénéfices pour ça, invite des moines tibétains à ouvrir le bal au festival Lolapalooza.

C’est en écoutant ma cassette de Ill Communication le jour de sa sortie (accurate de même le gros!) que je suis frappé de plein fouet. En entendant Transition, j’ai un flash, une épiphanie. Un jour je vais devenir moine bouddhiste et rencontrer MCA et peut-être même méditer avec lui. Je vois ça alors comme un but, une route à suivre, ma voie. Pis c’est assez profond à ce moment-là pour que je prenne la décision d’allé voir plus loin. Je me dis aussi que je vais devenir rappeur comme lui et finir par devenir assez populaire moi aussi que je vais pouvoir répendre le dharma à plus de gens possible grâce à mon statu de vedette. Ça peut paraître bizarre quand t’as vu un show de Gatineau, mais la base de mon désir de chanter vient de là.

À chaque fois que ça va mal dans ma vie, que je sais plus où j’en suis, que je me sens perdu, je me mets Bodhisttava Vow des Beastie. À chaque fois ça me ramène à l’essentiel, à ce que je me dois d’être dans la vie. J’ai appris plus tard en approfomndissant ma pratique qu’en fait, la chanson de MCA était une adaptation rappée d’un texte de Shantideva, La voie du bodhisttava. On dit que lorsque Shantideva a récité pour la première fois cette prière devant les siens, il s’est mis à s’élever carrément du sol et qu’avant la fin, il était monté tellement haut dans le ciel qu’on entendait plus que sa voix.

Je me suis couché tôt hier parce que ce matin fallait que je me lève à l’aube pour allé faire zazen au centre. Sur mon coussin, j’ai pensé à Adam Yauch. Aujourd’hui, ça fait 5 ans qu’il nous a quitté. Son vide est encore présent. Ma son passage sur terre à donné un sens à ma vie. À ma mort même. Il sera toujours et à jamais présent en moi. Ça a rien à voir icitte avec un fan qui trippe sur Bowie pis qui braille son départ en mettant un giff animé de toutes ses phases de Ziggy à The Thin White Duke. No fucking way! Non. Adam Yauch a allumé une torche en moi qui brûlera toute ma vie et au delà. Malheureusement, je l’ai jamais rencontré. J’ai rencontré Ad-Rock à a la place 6 mois avant que Yauch parte. Ça mérite une chronique au complet ça. J’y reviendrai. Je ne l’ai jamais rencontré, mais il m’a fait rencontrer la dharma. Grâce aux Beastie Boys, j’ai été le pire des kids, mais serai un adulte et un vieillard éveillé. Je leur dois tout. Chus devenu Bouddhiste à cause de MCA des Beastie boys.

R.I .P. M.C.A.

La nuit américaine

La nuit américaine

En 1973, François Truffaut réalisa La Nuit Américaine. Le titre vient d’un procédé cinématographique qui consiste à tourner de jour en plaçant un filtre sur l’objectif afin de faire croire que la scène se passe la nuit. En anglais, on appelle ça Day For Night. J’ai longtemps été un grand fan de l’oeuvre de Truffaut.
Fait que la première fois que j’ai vu apparaître le play copie de Day For Night de Tragically Hip dans la pile de disques envoyés par les labels aux magasins de disques où je travaillais, le Polysons, ça a tout de suite attiré mon regard. Un titre de disque avec un terme de cinéma ? Me demandais. Je l’ai remis avec la pile des autres compacts qu’on faisait pas jouer. Au Polysons de Terrebonne, les codes sur la musique qu’on mettait en magasin étaient pas mal strictes. C’était du dance quand y avait ben du monde les soirs que c’était ouvert pis la fin de semaine, du Françis Cabrel, du Rock Voisine, du Céline Dion pis du Beau Dommage le reste du temps. Si on était chanceux, on pouvait se faire plaisir en mettant la compil de Sting qui était sortie c’t’automne-là. Mais c’était surtout du calice de Richard Cocciante. Le boss à qui appartenait la franchise Polysons se livrait une compétition avec Guy Cloutier à cette époque-là avec son label de compilations de succès d’has beens pis ses medleys poches de vieux rock and rollers. On était obligé, la plupart du temps, de juste pouvoir jouer ces albums-là pour les hyper dans le magasin. C’est quoi qui joue là? C’est les Rock n’ Rollers madame! C’est donc ben bon mon garçon. J’va prendre la cassette. 12,98$ avant taxe. C’était attroce. Ça été supportable jusqu’au jour où le temps des fêtes est arrivé pis que Richard Paquette le patron, un autre Richard, a lancé un laser des tounes de Noël en medley disco. Noël disco de mi-novembre à fin-décembre à longueur de journée! J’suis viré fou à force d’entendre ça de 9 le matin à 9 le soir. J’ai pété un meuble en plastique à coup de caps d’acier dans une allée du magasin un samedi après-midi que c’était devenu too much pour moé.
Un moment donné, les disques dans la playlist des magasins viennent en fin de cycle pis on s’en débarrasse pour faire place aux nouveaux albums qui sortent. Les employés on le droit de les garder pis de les amener à maison si ils veulent. Yes, des disques gratis! Mais c’pas tous qui méritaient qu’on parte avec. Après qu’les employés avec le plus d’ancienneté aient exercé leur privilige de pouvoir choisir les albums en premier, le galette de Tragically Hip, Day For Night sortie le 24 septembre 1994, est restée dans la pile de ceux que personne voulait. Tant que ça pourrisse là ou finisse dins poubelles, j’l’ai pris. J’l’ai mis dans mon sac. J’l’ai rapporté chez nous dans mon trois et demie de L’île-St-Jean à Terrebonne. Comme dans l’temps ça faisait pas ben ben longtemps que je collectionnais les compacts, j’avais pas encore grands disques à écouter chez nous. J’avais le premier des Breeders, Stereopathetic de Beck, Veruca Salt, Luscious Jackson, Check Your Head pis c’était à peu près ça. J’l’ai mis sur mon discman accroché avec des fils twistés à mains pour qu’il poigne après l’système de son que mon oncle m’a donné en faisant l’souper. C’était probablement un Hamburger Helper qu’j’me faisais c’te soir-là. C’est pas juste le fait que j’avais pas le budget pour me faire autre chose. C’est surtout parce que j’savais pas m’faire autre chose. Ça a pas ben ben changé aujourd’hui. Une fois fini, j’ai recrissé l’disque d’en pile d’à côté. Dans celle que tu t’dis que tu vas peut-être y redonner une chance un jour, mais plus tard. Ben ben plus tard. Pis j’suis déménagé à Montréal.
Le disque s’est retrouvé sur une tablette de mon appart de la rue Davidson avec le reste de ma collection qui avait engraissée depuis. J’l’ai fais jouer un moment donné en faisant autre chose. Pis une autre fois en faisant la vaisselle. Une autre fois en dessinant. Pis j’ai commencé à l’emporter avec moé pour allé faire des tags dins ruelles. Lui pis celui des Foo Fighters, celui de Blinker The Star, le best de New Order pis évidement ben ben ben du Sonic Youth. Ben du Sonic Youth. Côté rap, Ombre et lumières de Iam pis Midnight Marauder de Tribe Called Quest itou. L’oeuvre de Tragically Hip a commencé à faire tranquillement son ch’min en moé pis à tasser les autres affaires que j’écoutais. Betôt, c’était pu juste Day For Night que j’écoutais en boucle, mais Fully Completely, un peu de Road Apple pis des fois Up To here. En 1996, j’ai acheté celui qui est sorti après, Trouble At The Henhouse. J’avais même le ti-shirt de l’album. J’avais le poster aussi. Un vrai fan. Chus même allé les voir quand ils sont venus au Centre Bell pour la tournée de Phantom Power. J’étais tu-seul dins estrades de l’aréna. M’étais pris un billet simple. Chus allé avec parsonne. Me suis ramassé dans le creu d’la bande, en bas, là où c’qui a rienque une dizaine de bancs, où c’que tout les tu-seuls qui avaient pas parsonne comme moé pour partager leur seat se sont assis.
Crisse que c’était plate. J’voulais mourir. J’étais déjà pu d’dans depu un bout. Le band trainait d’la patte selon moé. J’comprenais pu rien. Pis j’ai pas acheté l’autre compact d’après. Pis chus passé à autre. Me su mis du eyeliner noir sur les yeux, du Knox dins ch’veux pis chus devenu gothique. J’ai arrêté d’en écouter. J’ai fais du rap après ça.
J’avais découvert le band à Musique Plus une couple d’années plus tôt avec Little Bones de l’album Road Apple. Y avait eu aussi Courage sur l’autre galette d’après dont le clip avait joué en boucle au même poste. Si je trippais sur les moves que Gordon Downie faisait avec le col de son chandail de laine dans le vidéo d’la toune, j’ai pas réussis à embarquer complètement dans leur trip. Je repérais ben qu’il devait ben y avoir de quoi là, mais j’étais trop occupé à écouter Doolittle des Pixies à place. C’était pas trop mon buzz mettons. Tragically Hip pour moé c’était resté deux clips-là. Pas plus. Une des premières affaires que j’ai remarquées en mettant Day for Night, c’est qu’il y avait aucun single potentiel sur ça. C’était pas fait pour poigner. Ça faisait moins Chom FM qu’auparavant. J’étais certain que c’était la fin pour eux avec c’te disque-là. Mais j’m’en crissais. C’était peut-être pour ça que trouvais ça bon. C’était dark as fuck. Pis chus déménagé à Montréal.
Au début des années 90, c’tait le raz-de-marée grunge. En 94, Kurt Cobain venait de se tirer une balle pis tout le monde avait un ti-shirt avec sa face de lui ti-cul sur sa photo d’école avec son épitaphe. Tout c’qui faisait du bruit dans le temps portait une chemise à carreaux. Chaque fois que quelqu’un prenait une guitare, fallait qu’elle soit branchée dans une pédale de distorsion pis qui en jouze tout croche. On appelait ça le son de Seatle. Personne y avait mis les pieds, mais tout l’monde venait de d’là. Tragically Hip a pas échappé à la règle. L’année que le premier Lollapalooza est venue sur L’ïle-Sainte-Hélène, le band de Kingston, Ontario venait subitement lui aussi d’la même ville qu’Alice In Chains. C’était ça la vague. Nevermind de Nirvana avait enterré vivant les Poison, Scorpion, L.A. Guns pis les autres Motley Crüe de ce monde dans un feedback pis un gros fuck you monstrueux. Smells like teen spirit? Tout puait le grunge à plein nez! Pour survivre, on adaptait son son à cette sauce. REM était devenu grunge avec l’album Monster. Les Beastie Boys c’était rendu grunge. Beck, c’était grunge. 5440, c’était grunge. Pis les Tragically Hip itou.
Les deux premières années où je suis arrivé à Montréal, j’ai écouté Day for night en boucle. Juste ça, sans arrêt. Pis un moment donné moins. Pis un peu moins. Pis l’disque est allé retrouver les autres a accumuler la poussière su’a tablette. J’ai déménagé mille fois. Cent fois j’ai défaite des sacs pis des boites, monté pis descendu dans des marches de blocs des électro-ménagés. Me suis fait crisser dewors aussi et surtout. J’ai vu le contenu complet de mon appartement d’la rue Létourneaux dans Hochelaga se faire pitcher dewors sur le trottoir après que ça eu fait 4 mois que j’avais pas payé le loyer. Me su pardu dans des relations avec du monde que j’aurais pas du. Chus parti pis chus revenu. J’ai changé de peau. Été gothique pis punk pis hip hop à nouveau. Le disque a glissé à travers les interstices de mes mésaventures pis est resté parmi mes affaires tout c’temps-là. J’en ai laissé beaucoup derrière moé en bougeant, mais une chose certaine, cet album-là a été dans tout les trucks de déménagement dans lesquels j’ai embarqué du stock à chaque fois. Discrètement, entre un compact de Bashung pis un ouvrage de Huysmans. Me su pu souvent souvenu que j’avais encore ça chez nous.
Comment j’en viens aujourd’hui à faire un papier sur un disque qui pour moi comme pour les gens qui me connaissent, a rien à voir avec tout ce qui a pu me faire tripper musicalement tout au long de ma vie, c’est que ce fameux disque de Tragically Hip se trouve à être le disque que j’ai choisi si jamais j’avais à en choisir qu’un seul pour partir avec sur une île déserte. Day For Night de Tragically Hip a été pis restera l’album que j’va garder quand j’va jeter tout le reste. Les autres, ça me dérangera pas de les écouter dans l’format où c’qu’on sera rendu quand on sera rendu là (mp3, Waves, Whatever). Mais celui-là, j’va toujours vouloir l’écouter dans mon discman avec mes headphones sur la tête. J’sais pas pourquoi ça a tombé sur lui. Peut-être parce qu’il faut ben en choisir un seul un moment donné pis c’est celui-là qu’j’ai picked parmi tout c’que j’avais entendu dans vie la fois où c’que j’ai décidé de faire mon top number one par une nuite de 1995. J’ai mon top Île déserte, mais j’en ai un autre aussi plus macabre. Mon top albums que je veux que l’on mette dans ma tombe quand j’va partir. Ça consiste seulement à tout ce que je possède chez nous des Beastie Boys. Mon compact de Check Your head avec la signature de Denys Arcand quand je l’ai rencontré au casse-croûte chez Philippe en bas de la côte sur Amherst. À côté de l’autographe du cinéaste de mon top un film préféré à vie Le Déclin, y a celle de Ad-Rock que j’ai rencontré quelques mois avant que MCA parte alors que je travaillais à L’usine C. Il a signé mon Check Your Head pis le reste de mes affaires que j’avais apportées avec moé comme ma fameuse cassette de Paul’s Boutique. D’ailleurs, juste cette cassette-là mériterait un papier plus long que celui-ci icitte. Il est déjà écrit. Ça sera pour bientôt que je vais le publier.
L’automne passé quand y ont diffusé le dernier show de TTH en direct sur Facebook, j’ai à peine regardé les statu du monde qui en montraient des p’tits bouts. J’ai scrollé l’affaire en deux ou trois clics rapides sur le Fast-foward. Non seulement je voulais pas voir ça, un Gordon Downie affaibli pis en larmes, mais les Tragically Hip, c’était pas mal trop loin de mon trip de dj hip hop à l’époque. J’écoutais juste de la trap music. J’étais pas prêts pis ça me tentais pas non plus de l’être. J’ai pensé qu’il allait mourir genre 2 jours après le show. Ça avait l’air de pas ben aller. Me su senti mal de pu me sentir concerné par mon ancien band. C’est à peine si chus resté à l’affut jusqu’au lendemain pour savoir le déroulement de son état de santé. M’en crissait qu’il meure. On en a pu entendu parler depuis. Le temps a passé. L’hiver est fini. La neige a fondue.
Pis à matin j’me su levé en braillant. J’ai rêvé à l’enterrement de Gordon Downie. Y avait des bancs de neige. On le mettait en terre. Je braillais. En me réveillant, j’ai pensé que sa fin était rendue imminente, que c’était pour d’en pas long mettons. Genre à peine 24 heures. Je m’attendais à entendre du Tragically Hip massivement à Chom FM avant qu’il soit minuit. Puis m’est revenu une réflexion que j’ai eue une couple de fois cet hiver quand je repensais furtivement à Gordon. Avec ma blonde qui trippe plus sur la vieille musique que moé, je recommence à écouter souvent Chom en char avec elle. J’ai remarqué que bizarrement c’t’hiver, y ont pas fait tant jouer que ça du Tragically Hips à c’poste-là. Y en avait souvent avant. Ça pis Rush. Les deux plus grands bands canadiens! C’tu parce qu’ils savent en tabarnak qu’il vont devoir en faire jouer back à back qui il va partir pis qu’avant longtemps ça risque de pas changer fait qu’ils se retiennent? Parce qu’ils savent qu’après que Gordon Downie soit parti, ça sera juste ça qu’ils vont mettre à radio?
Là, je préssent sa fin imminente pis je me sens le besoin de m’arrêter pis de réécouter tu-seul, à mon rythme, avant que c’te band-là rentre dans légende pis appartienne à ceux qui en ont jamais vraiment écouté, qui peuvent pas te nommer le titre de la troisième toune de n’importe quel album. Le genre de personne qui s’achète un t-shrit d’Iron Maiden au H&M sans jamais avoir entendu une seule toune du band à Bruce. Non seulement je veux encore pouvoir savourer c’te moment-là, mais je veux aussi pouvoir dire que j’en écoutais avant qu’il parte. Pour une dernière fois, je veux que Tragically Hip soit juste à moé. Je veux encore une fois me plonger dans leur nuit américaine en solitaire, à ma guise sans que les médias pis les réseaux sociaux me donnent envie de vomir à force de nous la servir ad nauseam. C’est tellement facile de poster un gif ou un meme de David Bowie le jour de sa mort sans vraiment connaître l’oeuvre du Thin white duke. Tout le monde connait l’histoire d’une crisse de bonne toune scrappée par l’abus des stations de radio à la faire jouer en loop pendant des mois. Moé, ça a pris une couple d’années après la mort de Kurt avant que je me mette à vraiment écouter du Nirvana. Y a fallu que j’attende que la hype redescende un peu pis que ça soit MOÉ qui décide d’en écouter.
Cet album-là, j’l’ai appris par coeur. J’ai fais comme avec Dirty pis Goo d’Sonic Youth. J’ai repéré pis analysé chaque son pis chaque note pis chaque couche d’instruments. Le solo de guitare dans le fuzz sur Daredevil, pour moé c’était pis ça restera toujours le son que fait la chute en tombant dans les paroles de la toune. Malgré tout, malgré les 26 fois par jour que je l’ai écouté par moments dans ma vie (j’ai calculé), j’ai jamais réussis à vraiment bien comprendre c’était quoi le deal. Le disque m’est toujours resté impénétrable pis mystérieux comme s’il était affublé d’un voile opaque, un filtre obscur qui maquille le jour en nuit. Y a aussi que je comprenais pas ben ben l’anglais dans l’temps pis qu’écouter Tragically Hip c’est pas rienqu’écouter un band de rock canadien, mais un de nos plus grand poète au pays itou. Fait que par bout, t’es loin en ostie de juste des textes au premier degrés. C’est peut-être ça qui m’a peut-être un peu pardu aussi. J’ai pris le peu d’images que j’arrivais à comprendre pis je me suis fais un composé de tout ça dans ma tête. Pour ces raisons, je pense que Day For Night reste un objet impénétrable. C’est rare en crisse des albums comme ça.
The Tragically Hip, j’ai toujours écouté ça tout seul comme par honte. C’était mon plaisir solitaire. Le milieu dans lequel j’ai évolué depuis que j’ai découvert ça est à cent lieux de ce band. J’en ai jamais parlé avec personne. J’ai gardé ça en dedans comme un péché. Mais astheure que je sais que Gordon Downie est sur le bord de partir, je veux enfin faire mon coming out pis dire qu’à un certain moment de mon existence, quelques mois intenses et d’autres plus tempérés, ce band a été la chose la plus importante dans ma vie. Tout seul dans Hochelaga, pas un seul ami, personne à qui parler, la tête pleines de rêves et le coeur plein d’espoir, j’avais juste Gordon pour m’accompagner pis avec qui parler des journées entières. Il a été là pour moi. Je veux qu’il sache que je suis avec lui à présent que c’est lui qui a besoin de nous, ses fans qui ont été touché par sa grace et à qui il a donné le courage de continuer.
Je suis couché sur le dos dans mon lit de mon premier appart Montréal. Je viens d’arriver en ville. Je connais personne encore. Je suis encore rien, mais je sais que je veux devenir un artiste. Je veux être connu. Je devrais choisir la forme d’art qui me rendra famous: graffiti, cinéma, musique? Par la fenêtre où c’que j’ai pas encore mis de rideaux pis que j’en mettrai jamais tout le long que j’va habiter là, le panorama s’étend du pont Jacques-Cartier jusqu’à plus loin que le Mont-Royal. T’as la croix de Ville-Marie qui s’étourdie dans la nuitte qui pis fend la brume qui recouvre la ville de son voile. J’ai Day For Night de Tragically Hip qui spinne dans mon discman. Depuis que je me suis levé à matin, y tourne dans le lecteur. J’ai juste écouté ça aujourd’hui. J’ai juste fais ça aussi. «  Can you spare some change dear? » L’album en est à sa dernière bobine. Je m’endors avant que la toune a finisse. Dehors, c’est la nuitte, mais c’est peut-être juste un filtre qui fait que ça l’air de ça pis que c’est le jour dans le fond?

J’ai pu le goût d’être DJ

J’ai pu le goût d’être DJ

J’ai pu l’goût d’être dj. Pu le goût à cause des propriétaires de bars qui décident de te crisser dewors à dernière minute, 2 heures avant ton shift le soir de la St-Jean-Baptiste. Pu l’goût parce que t’as pas de sécurité. Que t’as pas de filet. Que tu te fais mettre à porte sans préavis. Qu’on te manque de respect comme ça sans crier gare. Qu’il faut que tu fasses ton beau pis ton cute pis ton fin pis ton bon garçon pareil. Va pas chialer contre le bar qui te crisse dewors sur Facebook sinon t’en auras pu d’gig mon homme! Mais des fois ils le mériteraient. Parce qu’une fois que c’est fini, tu peux même pas te battre pour faire valoir tes droits. T’as pas d’droits! T’as pas d’union! T’as pas de syndicat! Crisse, t’es même pas sur le payroll tabarnak! Fait que comment veux-tu que?… T’es juste un dude qui met des playlists selon eux. Le concierge est plus respecté que toé. Y est sur le payroll lui au moins. Pis ils pensent que ça a donc l’air facile pis tout. C’pas compliqué mettre des tounes kid. Ouin… c’est c’que tu penses. Ça se fait pas tout seul le gros. Mais bref, si t’es pas content, y en a un autre pour prendre ta place pis pour moins cher. Un petit jeune pas de talent avec son ordi pis sa souris qui va cliquer sur des affaires dans iTunes en faisant des smiles aux clients pis dont le seul talent sera de caller half-price sur les shooters 2 h du matin. On s’en calice ben de c’qu’il met. Il a des amis en masse qui viennent le voir. Ça remplit l’bar. Mais une fois que ses chums se seront écœurés de venir, ben lui aussi on va la mettre dewors pour un autre dj moins cher pis plus famous. Pis lui aussi, quand ça fera pu l’affaire, on mettra Spotify. Ça, ça fait la job. Ça chiale pas, ça rentre à l’heure. Ça a pas d’égo. Pis ça coûte genre juste 10 piasses par mois.
J’ai pu l’goût d’être dj. À cause des heures de fou. Du lifestyle. De la nuite qui en fini pu des fois. Quand ça te tente pu. Que tu sens que t’as pu d’tounes à mettre. Que t’as mal à tête. Que t’en es à ton troisième Red Bull géant pour tenir la route pis que tu la tiens justement pu parce que t’es sur ton down de sucre pis qu’tu feeles pas pantoute. Pu l’goût pour les calices de drinks poches que t’es pogné pour boire quand tu mixes dans des bars poches où les serveurs savent pas c’est quoi la mixologie. Pour les jus d’orange en fontaine dégueulasses. À cause que tu commandes un Coke à 22 h en branchant tes tables pis que tu le reçois pas avant minuit et demi parce que les serveurs, c’est pas capable de mémoriser les clients sans l’aide de leur numéro de table pis que toé t’en as pas. Ça leur rentre pas dans la mémoire que tu peux peut-être avoir soif toi aussi. J’ai déjà fait une gig dans un bar de skate où j’ai pas pu boire une seule goutte sur un shift de 5 heures pour cette raison. À cause du monde saoul pis que toé t’es straight comme un pape.
J’ai pu l’goût d’être dj. Parce que ça fait que chus tout le temps tout seul. Pour toutes les fois où j’ai vu l’amour de ma vie sur le dancefloor pis que j’ai pas pu y parler parce que j’étais quelque part entre du Calvin Harris pis du David Guetta pis que je pouvais pas quitter mes tables pour allé y parler. Pour le désappointement de la voir partir à 3 h avec un autre. Un gars tellement réchauffé que tu sais que contrairement à toé c’te nuite-là, lui, il sera pas capable de bander. Parce que chus obligé de rentrer en taxi tout seul après pour allé me crosser. Parce que c’te nuite-là, j’va m’coucher à 8 h du matin encore ben high de caféine pis speedé de ma soirée. J’va rentrer tellement frustré de ma soirée que je vais me rebrancher tout de suite en arrivant pour continuer à mixer et faire le set que j’aurais voulu faire au bar c’te soir-là. Parce que le dimanche chus pas capable de me lever avant 4 h 30 de l’après-midi pis que je serai pas capable de sortir de mon litte avant deux jours tellement chus décalicé. Même quand j’ai pas bu rien qui saoule. Ça fait que le lundi, j’entreprends rien avant qu’on soit au moins jeudi en fin d’après-midi pis que rendu là, il est déjà trop tard pour commencer ma semaine parce qu’il faut que je parte mixer à nouveau pour recommencer mon cycle de fou de fin de semaine.
J’ai pu l’goût d’être dj. Parce que ça fait 4 ans que j’écoute pu mes bands cultes ni d’albums de A à Z, de disques qui ont été significatifs pour moé. À cause que chus pogné pour écouter à longueur de semaine tout le plus pire de la marde qui sort côté pop. Pis le pire, c’est qu’il faut que je les apprenne par cœur ces crisses de tounes-là, que j’apprenne à les mixer, que je mette des cues dessus pis que je me les tape en boucle en tentant de mémoriser un bout de refrain pour avoir l’air «full dedans» quand j’va les dropper dans le prime time de la soirée t’à l’heure. Ça me gosse parce que les soirs de semaine je peux voir personne parce que je suis occupé à devoir faire ça. Perdre mes soirs de semaine tout seul chez nous afin de pouvoir gagner ma vie le week-end. Parce que je me trouve jamais assez bon non plus. Y a toujours de quoi à améliorer, un trick à pogner. J’ai mixé 8 heures par jour pendant 6 mois non-stop chez nous chaque jour depuis que j’ai acheté mes deux tables tournantes pour arriver à avoir un mixe smooth as butter avec des vinyles. Juste ça. Y en a tellement d’autres, des djs, en ville. Y a de la compétition, mettons. Parce que je mixe dans un bar de marde sur une rue où personne passe pis que j’aspire à dropper de tounes dans les plus gros clubs d’la rue St-Laurent. Ça a toujours été le target. Fait que je me pratique je me pratique je me pratique tout seul chez nous avec le son au bout dans mes écouteurs. Tout seul. Encore.
J’ai pu l’goût d’être dj. Parce que ça a jamais de fin c’t’affaire-là. Aussitôt que t’as downloadé les nouvelles tounes pis que t’as mis tes cue points pis que tu penses avoir fini, y a une autre trollée de chansons qui sortent le lendemain toutes aussi nulles pis insipides, mais tout aussi indispensables à ton dj set pis que ça te les prend absolument pis qu’il faut que tu recommences ce que tu viens de finir. Pis parce que dans le fond, c’tes tounes-là, tu les mets même pas au final parce que le monde là, ce qu’ils veulent entendre là, c’est les mêmes vieux hits rassurants de quand ils ont été adolescents. T’as ben beau dropper le dernier shit, les gens vont pas se lever pour danser tant que tu leur passeras pas Gangsta’s Paradise.
J’ai pu l’goût Dj. Parce que ça veut fucking pu rien dire. Dans l’temps de Dj Horg, fallait que tu achètes tes vinyles avec ton argent de poche, que tu digs, que tu cherches, que tu travailles tes affaires pis que tu te présentes au bar avec genre 6 caisses de lait remplies à raz bord de galettes en plastique. Que ça voulait dire de quoi, que c’était un standing social pis une dévotion à ton métier. Fallait que tu aimes ça en crisse pis que tu en manges en tabarnak pis que tu pratiques en ostie juste pour être capable d’enchaîner deux tounes. Parce qu’astheure tu te fais remplacer au pied levé par un moron qui vient de downloader une application de mixage sur son iPhone pis qui va pas rien charger au bar parce qu’il fait ça juste pour le fun, le love de l’art comme on dit, en échange d’un ou deux drink gratis. Parce que depuis que tout le monde est dj, personne ne l’est plus vraiment. J’ai l’air de critiquer tout ça, mais j’ai pas à chialer parce que j’ai commencé de même moé itou. Quand chus arrivé à la taverne St-Sacrement, j’étais sur VirtualDJ avec mon seul trackpad en guise de contrôleur. Un step en dessour de ça, je mixais sur iTunes genre. Ou presque. Anyway. You know.
J’ai pu l’goût d’être dj. Je veux juste être comme tout le monde ciboire! Les vendredis pis les samedis, le monde normal qui sont en couple sortent, font de quoi, dorment ensemble, vont au chalet. Les célibataires sortent pour se trouver de quoi à fourrer après la soirée. Moi chus tanné d’être de l’autre bord de la vitre du monde. C’t’une image poétique là mon chum. Toé tu mets des tounes pour le monde qui ont du fun. Le party c’est toé qui le fais. Mais dans le fond t’es en lien avec personne. Tu peux pas parler. T’es le seul qui en a pas de fun des fois. Tu fais jouer une toune, est en train de scratcher la prochaine pis y faut que tu penses aux 4 prochaines que tu vas mettre. T’entends celle qui joue dans le bar loud as fuck pis l’autre tout croche dans tes headphones pétés pis raboutés avec du tape. C’pas le temps de jaser de l’influence de l’avant-garde Russe dans les affiches créées par Orange Tango à la fin des années 90 mettons. C’est quoi donc que je veux dropper après la prochaine là? Fuck. M’en rappele déjà pu. Faut pas que tu perdes le fil comme dirait Bashung. Pis j’te parle même pas des demandes spéciales incongrues. J’va laisser ce paragraphe-là à ton imagination pis à mes autres amis dj. Ça me tente même pas d’embarquer là-dedans. Ça aurait été trop facile d’écrire mon papier juste sur ça. Mais chus déjà passé à d’autre chose. J’ai pu l’goût d’être dj.
J’ai pu l’goût d’être dj. Parce que j’ai fais ça pour me faire connaître, continuer à être connu. L’après Gatineau tsé veux dire. (C’est une manière pour certains musiciens de retarder l’inéluctable fait qu’ils finiront has-been.) Que j’y ai mis tant d’énergie et d’amour dans le but de me bâtir une réputation pis que dans le fond, personne sait vraiment chus qui pis personne vient jamais me vraiment me voir mixer anyway. «— T’as-tu un following mon homme si tu veux que je t’engage? »  « -Non monsieur, personne vient me voir. »J’existe même pas quand chus en train de mixer! Les barmen savent même pas mon nom de dj. Ils m’appelent soit « Hey DJ! » ou ben donc « Éric ». Connaissent pas mon nom de famille non plus. Ça sait même pas c’est quoi Gatineau ou ben donc Cargo Culte. Personne sait chus qui. Chus un iPod ostie! J’ai travaillé fort pour devenir quelqu’un dans ce milieu-là, une sommité en somme. J’ai juste réussi à faire danser une couple de guirdas pis de poudrés qui se sont même pas souvenus de moé une fois qu’ils sont rentrés dans le taxi à 3 heures du matin. Pis même encore, ça dansait juste le temps de se filmer en selfie. Une fois le cell fermé, c’est fini pu d’fun. J’ai pu l’goût d’être dj.
J’ai pu l’goût d’être dj. Parce que ça a pas d’allure que de passer tous ses vendredis pis ses samedis soirs à la même place tout le temps. Ça a pas de sens  de se détruire la santé à s’intoxiquer avec plusieurs bouteilles géantes de Red Bull en une nuitte pour tenir le coup ou se sentir dans le coup. J’ai jamais fait de poudre en mixant, mais c’est tout comme m’a t’dire! Y a pas que l’intoxication qui m’a tué, mais le fait de ne jamais pouvoir rien allé voir d’intéressant. Ton band préféré vient en ville? C’est sûr qu’il vient pas un lundi soir quand t’as rien. Ben non! Il vient que les soirs où t’es derrière tes SL 1200. Fais que tu manques tout ce qui se passe, tout ce qui passe. J’ai raté Osheaga avec New Order pis The Cure à cause de ça. C’est mes deux bands cultes après les Beastie pis Sonic Youth. Par contre, t’as donc l’air de connaître ça toé la musique parce que t’es dj, mais dans le fond tu connais rien pantoute. Tu vois rien. T’as pas le temps. T’es pas là. Tu peux pas. Faut que tu mettes des tounes que t’écouterais pas sinon pour d’autres monde à place. Ça fait 4 ans que je suis pas allé voir de show! J’ai manqué les bands qui ont le plus comptés dans ma vie parce que j’étais trop occupé à faire jouer des tounes poches d’artistes de bas de gamme, mais dans le vent, mais qu’on aura oubliés dans deux ans. Des rappeurs qui sortiront probablement jamais d’album de leur vie. Avant je suivais ce qui se passait en ville, les artistes, les shows, les albums, dans les journaux. Mais j’ai fini par arrêter. Quand t’es à diète, tu rentres pas dans les fast food de manière incongrue pour checker le menu juste pour le fun.
J’ai pu l’goût d’être dj. Parce que je me suis fait une blonde. Parce que je viens de réapprendre l’amour. Que je sais maintenant c’est quoi me lever à 7h30 un dimanche matin pour allé faire zazen. Mes vendredis soirs je les passe avec Huriel, Gab, Simone pis Élie pis surtout ma blonde qui me les a présentés. Je chille pis regarde passer le temps et construis quelque chose au lieu d’être le seul sobre silencieux au milieu d’une gang de monde saouls qui se crient par dessus la tête sur une musique assourdissante. Parce que j’en peux plus de devenir sourd de jour en jour. C’est rendu que je parle super fort pis que j’entends tout croche quand le monde me parle. Me su scrappé les tympans à vie pour un p’tit crisse de 150$ par soir. Pis ça, c’est avant que je déduise le 40$ de taxi pour partir pis revenir. C’est être peu payé pour finir par pu rien entendre. Bref, astheure, je sais de quoi à l’air le soleil quand l’aube frappe par la fenêtre pis que je me lève préparer le déjeuner à ma blonde. Le vendredi dorénavant, c’est moi qui sort. J’va voir La la Land avec elle après qu’on soit allé manger des Bim bim bap. C’est beau un samedi soir quand t’as le temps de le consommer lentement, que t’as quelqu’un à qui tenir la main au lieu de ton crisse de crossfader. Le dimanche, je peux partir à bécyke à Terrebonne voir mes parents, avoir une discussion avec du monde, être éveillé pis en forme. Enfin je ne me sens plus seul. Je suis entouré et j’ai des buts et j’ai l’énergie et le temps de les réaliser.
J’ai pu l’goût d’être dj. Parce que j’ai réappris c’est quoi écouter de A à Z Disintegration de The Cure en vinyle, Genesis par Genesis de Mama jusqu’à It’s Gonna Get Better pis que j’aime ça en crisse. J’ai réappris à écouter des albums parce que ça me tente vraiment d’les jouer pis quand j’ai le goût. J’ai remis mes vinyles de Fugazi sur ma table. La semaine passée, j’ai droppé les 4 faces de Station Of The Crass sur mes 2 SL 1200 à maison. Me su assis en silence pour écouter. Crisse de chef-d’oeuvre! Feeding of the 5000 itou. J’ai remis mon coat avec des studs pis des patches de Rancid, de Sub Hum Ans pis d’Operation Ivy que j’ai cousu moi-même. Des fois ma blonde me met du Céline Dion. Elle chante toutes les paroles pis moé j’y fais des danses comiques dans le salon. Pis la joke est que j’aime peut-être plus écouter ça que le dernier Drake que chus donc censé tripper dessus parce que chus un dj hip-hop. J’ai vu de la profondeur dans du Céline Dion mon homme que j’avais pas entendu depuis un bout tellement que chus habitué d’écouter de la marde de force. J’ai réappris à passer des soirées à chiller sans devoir penser à pratiquer, sans avoir à choisir les tounes qu’on va écouter. Dans le char, je choisis jamais c’qu’on va entendre. C’est elle, la DJ. J’apprends à découvrir le choix des autres sans imposer les miens qui dans le fond sont toujours imposés eux-mêmes par le Billboard du moment. Je peux pas perdre de temps à écouter autre chose que ce que chus censé mixer. Dans cuisine, je me suis branché un p’tit crisse de radio cheap à 20 piasses que j’ai trouvé dans un sac de poubelle dans ma ruelle en fin de semaine passée en promenant ma chienne pis j’écoute Chom FM all the way avec. Ça a pas rapport avec ce que je mixe habituellement. Mais ça me fait tellement de bien d’écouter une toune sans songer à la sampler peut-être, à si je pourrais bien la mixer, comment je la mixerais, où est le break down pis tout c’est affaires-là qui sont des déformations professionnelles qui font que tu peux pas écouter une toune juste pour le plaisir d’écouter une toune. J’écoute. Rien de plus. Ça fait du bien d’enfin pas « travailler » en écoutant de la musique. Pis c’qui joue à Chom FM, c’est des affaires qui ont comptées pour moé dans ma vie pis qui continueront longtemps à compter comme du Nirvana, du Beck, du Sonic Youth, du Beastie, du Van Halen, du Rush pis du Tragically Hip. Des affaires avec lesquelles j’ai découvert la musique, me suis forgé une identité. Je réapprends à écouter de la musique pour les bonnes raisons pis sans raison particulière.
J’ai pu l’goût d’être dj. Parce que chus en amour. Pis que l’amour, ça prend du temps. On doit y mettre de l’énergie. Pis que l’amour, si tu y mets assez du tien, ça peut durer plus longtemps qu’une toune dans le top 40 et que ça vaut la peine de faire en sorte que. J’ai été tout seul pendant 4 ans parce que j’étais dj la fin de semaine. Maintenant, je vais plus mixer parce que le vendredi je suis avec celle que j’aime. Ma blonde que j’ai rencontré pendant que je mixais au Major Tom un soir d’automne de l’année passée!
Astheure la fin de semaine, on sort à taverne le Cheval Blanc. Elle boit sa bière de micro-brasserie pis moé mon traditionnel Pepsi. On joue à un jeu qu’elle a instauré entre nous. Le premier qui dit le nom du band pis le titre de la toune qui se met à jouer. Elle gagne à tout coup.