Sinerisme – 50 ans de Sinners.

Sinerisme – 50 ans de Sinners.

sinerismes

Sinerisme, le premier album des Sinners est un exemple de calibre international de psychédélisme précoce. Il s’agit, au Québec, d’un jalon dans l’histoire de l’underground. Sur ce 33 tours, le punk local pousse son premier cri, sous sa forme garage primitive. Enregistrées il y a 50 ans, en 1966, les pièces regroupées là-dessus n’étaient pas destinées à se retrouver sur un disque. Ce n’est qu’un an ou plus après leur enregistrement qu’elles ont été placées sur un long-jeu qui aurait pu ne jamais être. Et depuis, les collectionneurs de garage punk de ce monde s’arrachent le record.

 

 

« Notre deuxième album est sorti avant notre premier album, si vous me suivez. C’est-à-dire que les chansons qui se trouvent sur l’album Rusticana qui s’appelle Sinerisme étaient composées de pistes très « exploratives » qu’on avait faites dans les premiers ébats qu’on avait eu en studio, où les gens avaient peur pour leurs hauts-parleurs parce qu’on avait un fuzztone et ils pensaient que leurs speakers étaient pétés, mais non… c’était juste nous qui étions pétés. » -Charles Prévost-Linton

 

8. Les Sinners, première mouture

Les Sinners, première mouture À gauche, en haut, Georges Marchand, À gauche, en bas, Louis Parizeau, Au centre, Jay Boivin, À droite, en haut, Charles Prévost-Linton, À droite, en bas, François Guy

La lame de rasoir et le bonbon

En 1964, la Beatlemanie déferle sur l’Amérique, amenant avec elle une épidémie d’émules du Fab Four, à commencer par Les Baronets et Les Classels, notamment. En 1965, Do Wha Diddy, Douliou Douliou St-Tropez et Splish Splash trônent au sommet des palmarès. Le yéyé, réponse francophone à l’invasion britannique, est à son pinacle.   La brève fenêtre au cours de laquelle les groupes se sont costumés est ouverte à tout vent.

Pendant que tout le monde danse le go-go, Keith Richards branche une pédale Maestro FZ-1 Fuzz-Tone dans son amplificateur et enregistre le riff mortel/immortel de (I can’t get no) Satisfaction. En mai 1965, la chanson connaît une popularité fulgurante. Le fuzz vient de faire sa première apparition à large échelle. Les  pédales qui produisent cet effet trouvent des milliers de nouveaux preneurs.

Au cours de l’été qui suit Satisfaction, une bande de jeunes « bums de bonne famille » se regroupe à Outremont sous le nom The Silver Spiders.

L’organiste Maurice Boivin a laissé plusieurs disques pour la postérité. Mais sa plus grande contribution à l’histoire de la musique québécoise aura probablement été d’avoir aidé à ouvrir les horizons musicaux de son fils Gilles, dit Jay Boivin, avec sa boutique d’instruments.

Les cheveux blonds, le toupet sur les yeux, Gilles «Jay» Boivin avait des allures de Brian Jones. Guitariste soliste, c’est lui qui donne le son grinçant aux premières chansons du groupe qui devient ensuite Les Sinners.

« On était à l’affût de tout ce qui se passait, affirme Prévost-Linton. Il se passait déjà des choses au niveau d’un son un peu plus éclaté. Dès qu’on a compris qu’il y avait une petite boîte avec un bouton dessus… tu pesais dessus et ça changeait le son de ta guitare western en un son totalement pété qui arrachait les oreilles, on s’est dit : c’est merveilleux, graillons nous de ça, c’est ce que ça nous prend. Musicalement, on était déjà un grand pas d’avance sur l’industrie qui était encore très bonbon. »

Louis Parizeau is a punk

Sinners 4Cette industrie musicale propre et naïve n’avait pas vu venir Louis Parizeau, batteur, celui qui donne vraiment vie aux Sinners, celui qui fait que le coeur du groupe se débat au rythme de folies, de frasques et d’une marginalité assumée. Parizeau n’a d’yeux que pour Keith Moon de The Who. Lui aussi veut faire exploser sa batterie. Et la gueule que Parizeau veut donner à son groupe, ce n’est pas celle des Beatles avec leurs habits au col Mao. Non. C’est l’air bête des Stones. Le défi dans le regard. L’ombre sur le visage. Le contraste d’une jeunesse yéyé dans une modernité naissante, de la couleur qui apparaît dans les téléviseurs, de la naïveté et des mini-jupes versus un esprit de révolte, un désir d’affirmation profond. I don’t know what I want, but I know how to get it. Louis Parizeau est un punk. C’est lui l’âme des Sinners. C’est lui qui convainc son cousin François Guy d’embarquer dans l’aventure.  Guy arrive avec son ami Charles Prévost-Linton (basse). Ce duo composera l’essentiel des chansons des Sinners. Avec son audace, Parizeau pousse pour que les choses se passent.

« Je ne me souviens plus exactement de la circonstance. On cherchait. On veut enregistrer. Qu’est-ce qu’on fait? À qui on s’adresse? Louis Parizeau, qui était d’emblée le moteur du groupe, celui qui avait donné le caractère totalement pété aux Sinners, iconoclaste, anti-establishment, c’était l’énergie de Louis Parizeau qui a créé Les Sinners. Il a créé des contacts, il a rejoint des gens… Roger Miron », raconte le bassiste.

Chanteur western responsable du succès À qui le p’tit coeur après 9 heures, pionnier de l’industrie musicale canadienne française, Roger Miron a donné leur chance à des dizaines et des dizaines d’artistes, sur ses différentes étiquettes, dont Rusticana. Mais ceux-ci vont pousser leur luck.

« Par un hasard, à travers Louis et un comparse qui s’appelait Jean Massu, qui était un grand copain de Louis qui avait notre âge et qui est devenu notre gérant, notre agent de publicité, notre promoteur, le Brian Epstein des Sinners, on a eu l’occasion d’aller en studio, un studio qui s’appelait Stereo Sound, qui était dans un building sur Côte-des-Neiges […] On s’est mis à faire de l’expérimentation en studio », continue Charles Prévost-Linton.

Nuits blanches à Stereo Sound

Rue Côte-des-Neiges, l’heure bleue. Une bande d’ados aux cheveux longs sortent d’un petit restaurant de quartier si familial qu’il ne porte même pas de nom. Un delicatessen à l’ancienne parmi tant d’autres. Ils prennent les marches qui mènent au sous-sol.

Au bas des marches, un grand espace vide. Sur un mur, une botte de foin. Plus loin, une autre. Encore plus loin, une pile de bottes de foin. Pas qu’on voulait créer une ambiance western. Non. Au studio Stereo Sound, les bottes de foin servaient à isoler l’endroit. Les musiciens pouvaient jeter leur dévolu sur leurs instruments sans se soucier de déranger les clients du restaurant, au rez-de-chaussée.

Les Sinners ont la nuit devant eux. Ils n’ont aucunement l’intention d’enregistrer un tube. À vrai dire, la seule intention qu’ils ont, c’est de coucher sur bande des idées qu’ils ont développées lors de leurs pratiques dans le quartier Outremont, au sous-sol de la buanderie dont la mère de Louis Parizeau était propriétaire.

De ces sessions d’enregistrements, les musiciens n’ont que peu de souvenirs concrets. Roger Miron ne s’y est jamais présenté, bien qu’il payait pour ce temps de studio. Gaetan Desbiens, ingénieur de son, s’est prêté au jeu, de longues heures durant.

Le résultat : La 3e fuite de Mohamed «Z» Ali, Sinerismes, Cleopatra, Sour as a sidewalk, Candid Colour Countdown et Nice Try. Six pièces enregistrées de nuit. Six pièces créées dans le même esprit dérangé, distortionné, criard, avant-gardiste… Six pièces de garage punk puissant.

« Il pourra marcher sur son nuage de fumée »

sinners 55rrSinerisme, comme un statement, lance le bal. Une introduction de guitare avec une touche classique et puis un rythme garage. « Pourquoi, dites-moi, pourquoi ai-je peur de tous ces yeux que je vois dans le noir, c’est marrant. J’ai peur de tous ces yeux que je vois. Je sens ces yeux me fixant, ces yeux, me figeant, ces yeux, qui me voient. » 20 eyes in my head.

Candid colour countdown, suit. Des vocalises d’influence moyen-orientale à la raï, un fuzz rasoir et un rythme blues lourd. Des paroles anglophones fortement psychédéliques. C’est en fait La 1ère fuite de Mohamed « Z » Ali. La trame musicale semble exactement la même que la 3e fuite.

Sour as a sidewalk est aussi noyée dans le fuzz, mais est plutôt menée par un rythmn and blues à l’orgue électrique. Les « harmonies » vocales en arrière plan, qui semblent tirée d’un dessin-animé sur le LSD, donnent un fini délirant à la pièce.

La 3e fuite de Mohamed « Z » Ali ouvre la face B avec fracas. La musique est la même que sur Candid Colour Countdown, mais les paroles francophones frappent : « Lorsqu’il s’envole vers son beau pays et qu’il survole son paradis / Il pourra marcher sur son nuage de fumée, c’est la 3e fuite de Mohamed Ali. »

Nice Try suit. Un chef d’oeuvre de garage. Une suite de deux accords fuzzés au possible, des paroles styles « put down song » avec une attitude et une livraison définitivement punk. Un hymne de garage québécois. Les Breastfeeders la reprennent des années plus tard.

Cleopatra est peut-être la plus démente et déstabilisante des pièces de l’album. Est-ce la première fois que quelqu’un crie de la sorte de l’histoire de la musique au Québec?  Ces aboiements sont dérangés. Il n’y a à peu près pas d’explication pour ça! Le fuzz est déchirant et les changements de rythmes imprévisibles.

Probablement influencés par la passion de Parizeau pour The Who, Les Sinners enregistrent également une reprise de La La Lies des Who qui devient L’herbe est verte, mais je suis las. Le titre demeure dans le ton.

La toute première pièce composée par Les Sinners et lancée sur 45 tours, Elle est revenue, a probablement été enregistrée lors de sessions préalables. Les pièces Le souvenir et Hymne à Zoé s’ajoutent aussi au répertoire et tempèrent la sauvagerie des autres pièces.

Le guitariste Ricky Johnson s’est joint aux Sinners quelque part au cours de ces sessions d’enregistrements, mais il est impossible de dire, à ce moment-ci, sur quelles pièces il apparaît exactement.

Trois 45 tours regroupant certaines de ces pièces sont lancés en 1966 : Elle est revenue / Le souvenir, Hymne à Zoé / Sinerisme et La 3e fuite de Mohamed « Z » Ali / L’herbe est verte, mais je suis las. Aucun résultat. Les disques ne vendent pas. Ou presque pas. Les bandes des enregistrements sont remisées sur les tablettes de Roger Miron. Les Sinners se magasinent une nouvelle étiquette et s’entendent avec Yvan Dufresne de Jupiter.

Succès et exploitation

9. Les Sinners, Seconde mouture

Les Sinners, Seconde mouture

Le 13 février 1967, The Beatles mettent sur le marché le simple de leur chanson Penny Lane. Avec la rapidité de l’éclair, l’arrangeur et réalisateur Pierre Nolès en concocte une version que Jupiter demande aux Sinners d’enregistrer. Pour la première fois, ils sont accompagnés d’un orchestre digne de ce nom. Cuivres et corde, monsieur. Sur la face B, Les grèves d’aujourd’hui, une composition originale, est dans le même ton garage punk que les enregistrements nocturnes précédents.

Cette fois, le succès est au rendez-vous. Les Sinners se hissent au sommet de plusieurs palmarès avec leur reprise de Penny Lane, rivalisant carrément avec l’originale dans plusieurs stations de radio. Une autre version suit en 45 tours : Don’t go out into the rain d’Herman’s Hermits, qui devient Ne reste pas sous la pluie. C’est un autre succès, mais c’est la dernière fois que Les Sinners se prêteront au jeu de la reprise de l’industrie. Les ventes de ces 45 tours justifient pour Jupiter l’initiative de mettre sur le marché un album complet des Sinners, qui sera intitulé Sinnerismes. C’est la première fois que des pièces du groupe paraissent sur un 33 tours.

Devant ce succès, Roger Miron de Rusticana flaire la bonne affaire. De sa propre initiative, et sans vraiment s’entendre avec le groupe semble-t-il, il regroupe les enregistrements nocturnes des Sinners qu’il a récoltés quelques mois auparavant et les fait graver sur un album qu’il intitule Sinerismes, presque exactement comme l’album paru chez Jupiter, moins un « n ». Cette faute de frappe évidente met en lumière l’empressement désintéressé du contenu musical avec lequel les premiers enregistrements des Sinners ont été mis sur le marché par Miron, en 1967.

L’histoire démontrera que Miron ne sera pas le seul à éditer l’album de manière plus ou moins légale. Avec le revival garage des années 80, de nombreux disques oubliés font leur apparition sur le radar des collectionneurs du style. Les copies originales de Sinerismes se vendent à des prix de plus en plus élevés. Une première réédition paraît en Italie en 1989. Une réédition pirate canadienne circule en 2008 avant que la maison Hungry for vinyl n’en fasse une digne de ce nom.

Sinnerismes dodécaphonistes

Bien que ces enregistrements soient parus quelques mois après leur création, en 1967, ils détonnaient encore énormément dans le paysage québécois. Ils étaient toujours d’avant-garde. Au milieu de cette période où le développement de la musique se faisait à vitesse grand V, alors que les groupes rivalisaient d’innovations musicales sur une base quasi-hebdomadaire, ces enregistrements regroupés sur l’album Rusticana des Sinners démontrent hors de tout doute que Parizeau, Guy, Prévost-Linton et Boivin étaient en avance sur leur temps. En 1966, ils ont préfiguré le mouvement psychédélique québécois et l’arrivée des « freaks out » de Charlebois – qui va s’imposer en 1968 – ainsi que donné naissance à un courant punk, une attitude anti-conformiste, une musique explosive, dangereuse et extrêmement audacieuse.

« Il s’est passé en musique populaire un phénomène qui ressemble beaucoup à ce qui s’est passé dans la musique classique, à l’époque où le dodécaphonisme est arrivé, la musique contemporaine, c’est-à-dire où il fallait, pour établir un nouveau discours musical, rompre avec le passé et renier le passé parce que toutes les structures du passé, les structures sont des « strictures » qui nous condensent, qui nous emboîtent dans une harmonie. La dodécaphonie, c’est qu’il n’y a pas de tonalité. On ne sait pas dans quel ton musical on est. On évite d’imposer, à celui qui écoute, une tonalité, ce qui permet une grande liberté au niveau de l’expression musicale. Dans la musique pop, tout de suite après Les Sinners – l’époque se préparait déjà – le punk et tout ce qui est devenu l’ultime réaction contre la musique pop, non seulement au niveau des accords et de la musique, mais au niveau des textes, de l’attitude, au niveau de l’éclatement, au niveau de l’iconoclasme socio-culturel, il a fallu que ça devienne vraiment flyé pour sortir des gonds. Nous on était vraiment à l’orée de ce changement socio-culturel énorme. »

 

Félix B.Desfossés

Félix B.Desfossés

Auteur, Journaliste, Rocker.

Gruesomania 2016

Gruesomania 2016

31 Octobre 1987, aux Foufounes électriques, lancement du 2e album des Gruesomes, Gruesomania. J’ai 16 ans, et j’ai profité de l’Halloween pour me faufiler devant la scène du déjà mythique « chic Cabaret » de la rue Sainte-Catherine tout le monde est déguisé et l’ambiance est fébrile. À l’époque, les Foufs c’était le terrain de jeu idéal pour ceux qui se cherchaient et ceux qui voulaient se perdre. Décadence douce pour tous, ou presque.

C’est sans trop penser que je ne pourrais peut-être pas entrer que je me suis présenté devant les tout aussi mythiques doormen. J’allais voir enfin les Gruesomes, un soir d’Halloween en plus, set-up parfait et ce n’est pas le fait d’avoir 16 ans qui allait m’arrêter. Les étoiles étaient alignées, je suis passé sans même un regard des cerbères. J’étais dans les Foufs.

C’était, je pense, les 10 Commandments qui ouvraient, c’est vague, mais je tripais juste d’être là. Pas assez de guts pour aller me chercher une bière, je suis resté devant le stage tout le long. J’ai su que l’entracte était fini quand la marche funèbre de Chopin s’est mise à jouer, que les lumières se sont éteintes et que la fumée a commencé à remplir la scène. J’ai arrêté de respirer. Et là, Bobby Beaton est sorti d’un cercueil et a empoigné le micro pour pousser un de ses fameux hurlements. La foudre du rock m’a frappé en plein cœur. Mon histoire d’amour un peu malsaine avec Les Gruesomes venait de prendre une coche.

J’étais dans une passe de hardcore/skate/rap quand un gars de mon école m’a refilé une cassette avec Tyrants of Teen Trash dessus. Conversion immédiate. Et écoute en boucle de cette cassette, jusqu’à ce que j’apprenne qu’un nouvel album s’en vient et qu’ils le lancent aux Foufounes électriques. Je m’y rends et arrive ce que j’ai raconté plus haut. Le show était écœurant, les nouvelles tounes, débiles, bref, bonheur. J’ai acheté le Tyrant et le nouveau le soir du show et je n’écoutais pratiquement plus que ça. Je suis devenu membre de leur fan-club et c’est comme ça que j’ai connu Déjà Voodoo et les autres bands OG, commencé à aller aux Voodoo BBQ, etc. Et c’est là aussi que j’ai commencé à aller à presque tous les shows des Gruesomes.

Certains n’étaient pas aussi glorieux que celui des Foufs, des fois y’avait 5 personnes, des fois le monde s’en foutait, mais moi j’étais là et je tripais. Des fois ils jouaient 2-3 fois par semaine et j’y allais. J’ai fait ça pendant 2 ans. Et jamais je n’ai osé aller leur parler. J’étais le weirdo-stalker qui les regardait au loin. Et eux ne sont jamais venus me parler non plus. Et c’est ben correct, je ne voulais pas vraiment leur parler, je ne sais pas de quoi j’aurais ben pu leur dire de toute façon. J’étais un kid à l’école du rock’n’roll et j’analysais, je découvrais un monde. Chaque reprise que le groupe faisait, je le notais et j’allais chercher l’original. Ma culture musicale a explosé grâce aux Gruesomes. Et je me suis mis à tripper sur le local, j’allais voir des shows à tous les jours, n’importe quoi des fois, juste pour voir, connaitre, apprendre.

Quand le band a ralenti la cadence, OG aussi s’apprêtait à tirer la plogue et cette scène a cessé d’exister d’un coup. Pas grave, y’avait Grim Skunk et Groovy qui prenait le relais et c’était ben correct.

Ils sont revenus en 2000, pour un nouvel album et quelques shows, c’était cool de les revoir et j’ai écouté pas mal le CD à l’époque. Mais ce n’était plus le même esprit qu’en 87-88 et ils n’ont pas étiré la sauce. Le retour de 2008 fut pour moi un peu décevant, content de voir que le groupe avait atteint un statut culte et que pour plusieurs personnes dans la salle, c’était la première fois qu’ils les voyaient, mais moi j’avais trop d’attentes. Le band avait vieilli et ça paraissait, et j’avais de la misère à être indulgent. Avec le temps, on magnifie pas mal nos souvenirs et ils n’étaient plus à la hauteur que je les avais mis. Au-delà de la musique, Les Gruesomes étaient un symbole d’un Montréal disparu, d’une époque particulière, pour moi, mais aussi pour les fans de musique. Les années 90 changeront complètement le milieu alternatif, pas nécessairement la musique en soi, mais surtout sa diffusion et sa commercialisation. L’underground ne voulait plus dire la même chose. Et dans ma baboune pendant le show des Gruesomes, il y avait de la nostalgie d’une scène montréalaise qui ne s’annonçait pas comme celle qu’elle est devenue, mais aussi d’une jeunesse qui ne reviendra plus et l’illusion passagère que le passé surpassait le présent.

8 ans et une révolution numérique plus tard, la géographie a encore changé et la nostalgie est devenu l’un des aspects les plus importants de l’écosystème du showbiz. C’est à celui qui va ressusciter tel ou tel band-culte. Avec la tournée qui s’ensuit, et qui des fois s’éternise, parce que la demande est là et que pour une fois, le band fait de l’argent. L’époque est telle qu’il se vend/consomme plus de vieilles musiques que de nouvelles. On se réjouit des récents chiffres de vente et streaming, mais ce qu’il faut savoir c’est que Elvis, Led Zeppelin et Les Beatles vendent plus que Kanye West ou Beyonce. L’industrie de la nostalgie va très bien, le reste par contre…

La présence des Gruesomes à l’affiche du festival Anachronik est dans cet esprit. Pas sûr que c’est full payant pour eux, mais certains font ça aussi pour revivre une époque et, disons-le, aller quêter d’un peu d’amour. Et pour ceux qui ne les ont jamais vus, c’est une chance qui ne repassera peut-être pas. Le festival a, je pense, été un peu ambitieux en les programmant au Club Soda, mais espérons que je me trompe et que le culte Gruesomes a pris de l’ampleur depuis 2008. Je leur souhaite. Meilleur band garage de Montréal ever. Quand même.

J’y serai peut-être, au loin, comme dans le temps.

The Gruesomes @ Festival Anachronik avec Bloodshot Bill et Loose Pistons le 6 mai au Club Soda.

 

Patrice Caron

Patrice Caron

Fondateur

ÉCRIRE AU TEMPS DU NUMÉRIQUE – STUPEUR ET IMPLOSION

ÉCRIRE AU TEMPS DU NUMÉRIQUE – STUPEUR ET IMPLOSION

Les médias traditionnels se meurent officiellement depuis deux décennies bien comptées.

Une crise dans un premier temps économique – puis structurelle – au fil des empires qui se métamorphosent, se transfigurent et/ou s’effritent à la vitesse grand V. Le média traditionnel type est passé de l’explosion – celle qui éclabousse et pleure à gros sanglots sur la place publique – à l’implosion, sabordant ses propres élans en réfutant ses mutations technologiques, ses questionnements rhétoriques et les fondements philosophiques qui la tenaillent et menacent le cœur de son entreprise sur une base quotidienne.

Son épopée est passée de la frayeur aux larmes étranglées des premiers durs constats; des premiers effondrements à quelque chose d’une « fin annoncée »; de son mea culpa – en partie – à sa renaissance anticipée; et du passage d’une génération à l’aile plombée par l’amertume à sa relève qui peine à trouver un réel engouement, voire un simple intérêt, à l’égard dudit « plus beau métier du monde ».

Et le journaliste, conséquemment, peine à sortir la tête de l’eau et voir l’arc-en-ciel qui perce la grisaille. En 2013 et 2015, le site spécialisé CareerCast.com sur le marché de l’emploi aux États-Unis place le métier de journaliste de presse écrite en queue de liste des 200 meilleures et des pires métiers.

En sachant que la 198ième position appartient à celui du Militaire en zone de combat, l’étoile est loin de briller au grand firmament…  Smell the magic? Not so much.

You’re from the 70’s, but I’m a 90’s bitch

Aujourd’hui, une armée de jeunes millénaires ne voit que dalle la lecture du journal comme passage obligé au rituel matinal, elle opère plutôt ses premiers coups de patte sur la multitude de plateformes sociales auxquelles elle souscrit. Donc, la presse traditionnelle se trouve au centre nerveux d’une crise sur la structure et l’idéologie qui lui plante son couteau en plein cœur.

La désuétude de son modèle économique n’est plus le facteur principal de son effondrement, c’est bel et bien sa vocation première qui est remise en question : En clair, pourquoi payer pour des informations que l’on peut trouver rapidement, auréolés de compléments, et gratuitement sur internet?

Et le journaliste, à défaut de sombrer dans l’oubli, doit se plier à un examen identitaire tout aussi probant. Où se positionne-t-il dans cette jungle en mode wifi qui rejette les modèles payants et à dans laquelle domine la surenchère d’informations secondaire se propageant de façon furtive et fulgurante, au fil des « tweet » qui se chevauchent? Comment réagir face à l’appétit insatiable des internautes et à la marchandisation des contenus? Quelle attitude doit-il adopter face à la concurrence des blogues ou des réseaux sociaux?

Le journaliste n’est plus le seul à raconter le monde, et le critique (son petit frère grincheux) n’est plus le seul à le réfléchir. Le tandem a définitivement perdu le monopole de l’information et c’est là le tournant majeur dans son histoire, tel qu’on l’explique actuellement. S’adapter, se muter, ou disparaître; l’ère numérique impose la réinvention pour que le journaliste survive.

Plusieurs grands médias enfourchent le pas au numérique et cherchent des pistes de solution tangibles. L’exemple de Rue89 en est un qui saute aux yeux.

En 2007, Rue89 fait figure d’ovni dans le paysage médiatique francophone avec des informations généralistes mais un ton souvent décalé, clairement à gauche, des articles écrits à la première personne, des sujets négligés ailleurs, et surtout une information à trois voix (journalistes, experts et internautes). Le tout sous la plume de 4 anciens journalistes de Libération.

En 2011, le Nouvel Observateur acquiert Rue89, ce qui fait sursauter quelques âmes « pures ». Et la suite ne fait que ternir l’histoire au début 2014, alors que Le Nouvel Obs, et par conséquent Rue89, sont rachetés par le groupe Le Monde.

Le tout se concluant en Rue89, qui devient l’annexe spécialisée en actualités numériques du Nouvel Obs en ligne. Dur coup pour une génération qui a voulu percevoir en Rue89 l’espoir d’un nouveau journalisme.

Plus près de nous, la palme du « grand pas vers l’avant » revient sans contredit à La Presse, devenue LaPresse+ sur le iPad, et ne conservant que son édition du samedi en « bon vieux » papier.

Le tournant se fait-il sans heurt? Certes pas. Est-ce que certaines plumes n’ont pu encaisser le tournant numérique anticipé? Manifestement. Cela dit, l’essentiel se fait dans une harmonie, somme toute, satisfaisante à court terme. Mais qu’en sera-t-il d’une édition gratuite quotidienne dans un moyen/long-terme? Rien n’est moins certain.

Lors de l’annonce de la fin de son édition papier, le président et éditeur Guy Crevier a alors affirmé que la version numérique – consultée par plus de 460 000 personnes chaque semaine – constituait un véhicule « beaucoup plus performant » que l’édition papier. Il soutenait toutefois que le modèle était « viable », sans nécessairement parler de rentabilité.

Manifestement, une histoire dont on est bien loin de tirer de grandes conclusions pour le moment.

Nous, les enfants du web

Né en 1981, Piotr Czerski est un poète, auteur, musicien, informaticien et blogueur polonais. Nous les enfants du web est son manifeste, publié en 2012, puis traduit dans plusieurs langues depuis. On se laisse sur un extrait :

Nous, les enfants du Web ; nous qui avons grandi avec Internet et sur Internet, nous sommes une génération qui correspond aux critères de ce qu’est une génération subversive. Nous n’avons pas vécu une nouvelle mode venue de la réalité, mais plutôt une métamorphose de cette réalité. Ce qui nous unit n’est pas un contexte culturel commun et limité, mais la conviction que le contexte est défini par ce que nous en faisons et qu’il dépend de notre libre choix.

Premièrement

Nous avons grandi avec Internet et sur Internet. Voilà ce qui nous rend différents.

Voilà ce qui rend la différence décisive, bien qu’étonnante selon notre point de vue: nous ne « surfons » pas et Internet n’est pas un « espace » ni un « espace virtuel ». Internet n’est pas pour nous une chose extérieure à la réalité mais en fait partie intégrante: une couche invisible mais toujours présente qui s’entrelace à notre environnement physique, une sorte de seconde peau

Participer à la vie culturelle n’est pas quelque chose d’extraordinaire pour nous  : la culture globale est le socle de notre identité, plus important pour nous définir que les traditions, les récits historiques, le statut social, les ancêtres ou même la langue que nous utilisons.

Dans l’océan d’évènements culturels que nous propose Internet, nous choisissons ceux qui nous conviennent le mieux. Nous interagissons avec eux, nous en faisons des critiques, publions ces critiques sur des sites dédiés, qui à leur tour nous suggèrent d’autres albums, films ou jeux que nous pourrions aimer. Nous regardons des films, séries ou vidéos, que nous partageons avec nos proches ou des amis du monde entier (que parfois nous ne verrons peut-être jamais dans la vie réelle). C’est pourquoi nous avons le sentiment que notre culture devient à la fois individuelle et globale. C’est la raison pour laquelle nous avons besoin d’y accéder librement (NdT: le mot polonais original, swobodnego, semble bien faire référence à la liberté et non la gratuité).

Cela ne signifie pas que nous exigions que tous les produits culturels nous soient accessibles sans frais, même si quand nous créons quelque chose, nous avons pris l’habitude de simplement et naturellement le diffuser. Nous comprenons que la créativité demande toujours des efforts et de l’investissement, et ce malgré la démocratisation des techniques de montage audio ou vidéo. Nous sommes prêts à payer, mais les énormes commissions que les distributeurs et intermédiaires demandent nous semblent de toute évidence exagérées. Pourquoi devrions-nous payer pour la distribution d’une information qui peut facilement et parfaitement être copiée sans aucune perte de qualité par rapport à l’original qui n’est en rien altéré par l’opération? Si nous ne faisons que transmettre l’information, nous voulons que le prix en soit adapté. Nous sommes prêts à payer plus, mais nous attendons en échange une valeur ajoutée  : un emballage intéressant, un gadget, une meilleure qualité, la possibilité de regarder ici et maintenant, sans devoir attendre que le fichier soit téléchargé. Nous pouvons faire preuve de reconnaissance et nous voulons récompenser le créateur (depuis que l’argent a arrêté d’être sur papier pour devenir une suite de chiffres sur un écran, le paiement est devenu un acte d’échange symbolique qui suppose un bénéfice des deux cotés), mais les objectifs de vente des grandes sociétés ne nous intéressent pas pour autant. Ce n’est pas notre faute si leur activité n’a plus de sens sous sa forme traditionnelle, et qu’au lieu d’accepter le défi en essayant de proposer quelque chose de plus que nous ne pouvons pas obtenir gratuitement, ils ont décidé de défendre un modèle obsolète.

Texte intégral, traduit en français ici 

Crise de légitimité

L’information subit donc une double dévalorisation : sur le marché publicitaire et dans l’esprit des internautes. Elle perd son statut de denrée rare puisqu’elle est disponible ici (partout), maintenant et gratuitement.

C’est la nature même de l’information qui est remise en cause. Le fait brut semble prévaloir sur le traitement et l’analyse. Quelques lignes factuelles suffisent désormais : quoi, où, quand, comment. Le « pourquoi » de l’équation de base du journalisme devient soudainement très facultatif pour les lecteurs qui souhaitent avant tout être informés, partager, et s’il y lieu commenter eux-mêmes l’actualité.

L’écosystème de l’information chavire, un constat amer pour le journalistes qui doit aussi faire face à une réduction de sa liberté d’action induite par un manque d’argent et à la relégation de l’information en simple contenu noyé dans la masse.

Ainsi, penchons-nous sur nos grands « mal-aimés » de l’intelligentsia made in QC, nos chers critiques. S’il ne m’effleurerait jamais l’idée de décourager un regard critique sur une proposition artistique quelle qu’elle soit, la notion de voix unique qui observe et pose un jugement est, à la lumière des propos susmentionnés, clairement désuète.

Et s’il en est, tel monsieur Gingras, éloquent critique de musique classique durant soixante-deux années (un exploit inconcevable de nos jours, va sans dire) pour condamner du revers de la main – « Le malheur est que n’importe qui s’improvise critique, et c’est accepté par des médias dirigés par des ignorants. C’est ça le problème, le problème de l’ignorance » – la polyphonie des voix qui s’élèvent sur autant de médiums, le fait est qu’il ne risque définitivement pas de freiner de si tôt. Bien au contraire.

En somme, à partir du moment où les voix qui s’expriment se décuplent, les lecteurs qui les reçoivent se multiplient avec autant, sinon plus de fulgurance.

Éric Scherer introduit le concept d’une « économie de l’attention ». Pour lui, l’ère numérique a entraîné une modification radicale des usages qui aboutit à un bouleversement du mode de circulation de l’information. Il ne s’agit plus d’une transmission latérale du journaliste vers le lecteur, mais d’un parcours multipolaire :

Ce n’est plus le one-to many qu’on connaissait bien. C’est le many-to-many. C’est la fragmentation de l’offre, la fragmentation des supports. La personnalisation, l’individualisation, la consommation à la carte plutôt que la consommation en menus. […] Dans une journée de seulement 24 heures, l’offre d’information est absolument surabondante et il va falloir attraper le lecteur pendant quelques minutes ou quelques heures, via les différents médias consultés. […] On pense que les contenus sont gratuits ; or ils ne sont pas si gratuits que cela parce que les gens payent avec le temps qu’ils passent sur les contenus des médias. Et c’est ce temps, ce « temps de cerveau disponible » que vous connaissez, que sont prêts à acheter les annonceurs.

Ainsi, dans un contexte de fragmentation et de déficit de l’attention toujours plus grands, les lecteurs ont tendance à vouloir simplement se tenir « au courant ».

On peut donc en déduire l’émergence d’une information à deux vitesses : La première, une info low cost du type journaux gratuits ou sites web alimentés par des reprises de dépêches d’agence et de communiqués de presse comme il s’en trouve une importante masse en ligne. Dans ces cas, c’est le grand public qui est visé avec des contenus peu chers à produire et avec un niveau d’exigence faible. La seconde, une info payante, plus experte et appuyée, et qui demande une plus-value.

Dans ce deuxième cas, exit donc le contenu générique pour ne garder que le nec plus du journalisme approfondi. Qui plus est, celui qui saura aller chercher son lecteur potentiel, l’entraîner avec lui vers ses écrits sur la forme, et soutenir son attention et assurer sa survie sur le fond. Le tout s’appuyant sur un résultat concret et quantifiable: le temps que l’on réussit à garder le lecteur « captif » sur un site, une page, un texte, lui qui évolue dans un perpétuel et tonitruant brouhaha et qui est gavé depuis sa tendre enfance au trouble de l’attention chronique.

C’est précisément cela que le publicitaire désire. Et c’est précisément à ce moment que le journaliste entre « en conversation » avec son lecteur.

Goût Deluxxx

Goût Deluxxx

10e anniversaire de l’influent album d’Atach Tatuq.

En 2006 paraissait le 2e album d’Atach Tatuq, créant une commotion dans le milieu hip hop, mais aussi dans le plus général showbiz québécois, menant au couronnement du groupe au Gala de l’Adisq de la même année, Deluxxx remportant le fameux Félix de l’alors controversée catégorie Album Rap, qui pour une fois n’avait suscité aucune récrimination de la part des érudits.

Car c’était mérité. Parce que les membres du groupe avaient pour la plupart mangé leurs croûtes. Que la job était faite. Et que le niveau était élevé. Le groupe avait atteint une cohésion qui transcendait le nombre de mcs ou de djs présents sur la galette. Atach Tatuq était au top de sa game et Deluxxx, on l’avait prévu comme tel, son point d’orgue.

10 ans plus tard, qu’en reste-t-il ? Si plusieurs membres du collectif sont demeurés actifs depuis, avec Payz Play, Les Ducs du Hasard, ou encore DJ Naes/Toast Dawg (auteur des excellents Brazivilains), leurs natures d’explorateurs du Rap-Jeu les a gardés dans un underground relatif, toujours influents mais moins présents dans le top du poster. Mais ils y sont quand même un peu, pas mal, justement à cause de cette influence.

Parce que la sortie de Deluxxx annonçait qu’il ne serait jamais plus possible de revenir en arrière. C’est ce qui a fait entrer le rap québécois dans l’ère moderne et qui éventuellement mènera à des Alaclair Ensemble, Loud Lary Ajust et Dead Obies. Parce que si Deluxxx était l’aboutissement d’une évolution entreprise en 1998 avec Traumaturges, ce fut aussi une époque de transition pour le rap local, où une scène relativement jeune, encore en train de se positionner sur la planète Hip hop, était à se créer une identité, tiraillée d’un côté par les traditionalistes, penchant du côté américain ou français, et de l’autre, par ceux qui voulait faire un rap québécois, moderne, en phase avec les réalités linguistiques, ethniques et économiques d’ici.

Traumaturges est apparu dans ce paysage avec les pieds plantés des 2 côtés, autant old school que new school, le tout souligné par une autorité étonnante pour un groupe à son premier album. L’évolution de la formation vers Atach Tatuq sera marquée par un raffinement dans la livraison, une signature encore plus distincte, particulièrement au niveau des musiques, qui culmineront sur Deluxxx.

Toujours curieux, mais aussi respectueux de l’histoire qui les a précédés, Atach Tatuq a su assimiler une culture particulière et l’adapter à une réalité tout aussi particulière, créant du coup un rap typiquement québécois, sans les clichés de ceintures fléchées, et qui sera responsable jusqu’à un certain point de la direction que le rap au Québec prendra dans les années qui suivront. Si Muzion, Sans Pression ou Yvon Krevé ont utilisé l’anglais à certains moments, Atach Tatuq l’intégrera au français d’une manière si naturelle qu’on aurait pu croire que cette langue avait toujours existé.

Cet album est un jalon dans l’histoire de la musique au Québec, une pierre de fondation du rap québécois. De l’approximatif et l’inspiration trop évidente, Atach Tatuq a choisi de prendre le Hip hop au mot et de s’affirmer en tant que créateurs, au même titre que A Tribe called Quest ou le Wu-Tang Clan, et de pousser le rap vers l’avant. Qu’ils soient issus de cette scène, qu’ils en connaissent les codes et qu’ils y aient été impliqués leur donnera une légitimité qui leur permettra d’innover, d’avoir une influence à leur tour sur cette scène. Ce que des outsiders n’auraient jamais pu avoir, peu importe leurs succès populaires.

Si le succès de l’album était du jamais vu pour cette scène, c’était quand même assez modeste si on le compare aux autres albums populaires de l’époque. Musique-Plus a surement été le média le plus enthousiaste, en diffusant abondamment les quelques vidéos tirés de l’album. Les radios universitaires et communautaires en feront aussi leurs chouchous, mais les grandes stations n’emboiteront pas le pas, sauf Radio-Canada, et Atach Tatuq demeurera un grand groupe underground, respecté par tous, avec un grand bassin de fans mais sans la petite coche qui aurait la différence entre ce succès et celui de masse qu’il aurait pu connaitre si les programmateurs avaient été moins frileux.

Mais voilà, à défaut de convertir le peuple, Atach Tatuq aura au moins mis la barre à une certaine hauteur. Que ceux qui suivront s’y réfèrent ou non, ça indique déjà de quelle école ils se réclament. Atach Tatuq a le mérite d’avoir challengé le consensus que pour dépasser le cercle des initiés faut faire du pop-rap à la française, et d’avoir proposé un album à la fois traditionaliste et novateur, capable de fédérer au-delà des purs et durs. En établissant un nouveau standard, c’est toute la musique au Québec qui y a gagné, et me semble que le rap d’icitte est ben meilleur depuis.

***

On recommande fortement le texte de Olivier Boisvert-Magnen dans le Voir. Genèse et contexte dans lequel cet album s’est fait. Un must, comme la série que Voir présente sur les albums québécois marquants. À date ça rock. Bonne job les Voir.

Patrice Caron

Patrice Caron

Fondateur

Bateau Noir refait surface.

Bateau Noir refait surface.

6 ans après un maxi remarqué, l’album anticipé depuis voit enfin le jour et l’attente n’aura pas été vaine. 10 pièces instrumentales d’un rock indie aux accents punk, métal et alternatif, mené par une troupe de musiciens aux curriculums qui font saliver. Rémy Nadeau-Aubin (Malajube, The Hot Springs), Julien Michalak (Jacquemort, Meta Gruau) et Pascal Dumont-Julien (Le Nom, Moussette), Frédéric Sauvé (The Hot Springs) à la basse et Jean-François Mineau (Bivouaq, Dany Placard) à la batterie, et Francis Mineau, le nouveau batteur.

De plus, l’album a été réalisé avec le concours de Jocelyn Gagné (Breastfeeders), Julien Mineau (Malajube, Fontarabie) et Ryan Battistuzi (réalisateur de Trompe-L’œil de Malajube), un équipage de feu.

Lancement le 28 avril au Ritz PDB, sur étiquette Ste-Cécile.

Patrice Caron

Patrice Caron

Fondateur